Samedi 9 octobre 2010 6 09 /10 /Oct /2010 15:39

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Une « occasion immanquable », c’est une contradiction performative.

 

Une contradiction performative est un discours dont le contenu contredit la possibilité même d’énoncer ce discours.

Par exemple : « J’étais dans l’avion qui s’est crashé, il n’y a eu aucun survivant » est une contradiction performative (s’il n’y a eu aucun survivant, je ne puis, en toute rigueur logique, dire que j’étais dans l’avion – ou alors c’est qu’il y a eu un survivant, et donc la phrase est fausse. Bref, ce qui est dit est contredit par le fait qu'il soit dit).

 

Une « occasion immanquable » est une contradiction performative, parce que l’expression suggère qu’il est impossible de ne pas marquer – mais on parle d’une occasion immanquable lorsque l'occasion a été manquée.

 

C’est pourquoi l’immanquable n’est employé qu’au passé : « c’était une occasion immanquable ». Au moment où il s’agit de pousser le ballon au fond des filets, à un mètre de la ligne de but, personne n’envisage rien d'autre que le but.

 

Nous aboutissons donc à une définition: L’occasion immanquable est tellement immanquable qu’on n’a même pas le temps d’envisager qu’elle soit manquable au moment ou elle va pourtant finir pas être manquée.

 

L’immanquable provoque un constat froid, implacable, rétrospectif : « putain comment il a fait ».

 

Mais si l’occasion a été manquée, ne faut-il pas considérer, selon toute vraisemblance, qu’elle était manquable ?

 

Alors, faut-il changer l’expression « occasion immanquable », sous prétexte qu’elle est en contradiction avec les faits, et donc avec elle-même ?

 

Certainement pas.

 

D’une part, si j’ai envie de faire des contradictions performatives, je fais ce que je veux. Ce n'est pas la lecture de presque tout l'Organon d'Aristote qui va m'empêcher d’être dans le groupe facebook « je ne suis dans aucun groupe facebook ». 

   

Deuxièmement, la contradiction performative, dans le cas précis de l’occasion immanquable, permet d’insister sur la nature méprisable de celui qui rate une occasion immanquable. Comment a-t-il pu rater ça ?

Certains vont même plus loin : « Il aurait voulu tirer au-dessus qu’il y s’rait pas arrivé », peut-on entendre au Bistrot des familles (the place to be pour mater les matchs). On entend aussi dire, là-bas, qu'un péno fait partie des occaz immanquables. Bien entendu, c'est faux.

 

Face à l’inqualifiable contraction entre l'évidence qu'il allait y avoir but (tellement c'était facile), et l’échec final, il y a un réflexe naturel : le rire.

 

Le rire sanctionnait déjà le but contre son camp ; il est aussi le critère qui permet d’affirmer qu’on a indubitablement eu affaire à une occasion immanquable.

 

Bien sûr si vous supportez l’équipe du joueur concerné, vous ne riez pas. Mais la puissance de l’immanquable, son très haut degrés d’improbabilité, vous empêche d’être en colère. La bouche bée est la réaction instinctive programmée.

 

Et si vous êtes le joueur concerné, les poteau, maillot, filet, motte de terre ou autre être inanimé sont les seules choses vers lesquelles vous envisagez immanquablement de vous tourner pour obtenir du réconfort.

 

 

Si vous dénichez les deux contradictions performatives introuvables qui se sont cachées dans cet article (sans compter, évidemment, celles qui sont exposées comme telles), ou si vous vous en foutez, vous avez le droit de regarder la vidéo.

 

 


 

 

Le raté qui est à 2:00 est tout de même absolument extraordinaire.

 

 

 

 

 

 

Source image : http://www.20minutes.fr/article/366962/Sport-La-Ligue-1-bientot-en-greve.php

Par deux pieds décollés - Publié dans : Lexique - Communauté : Football? Philosophie?
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