Après les jolies excuses faites à l’Angleterre et au Mexique, la FIFA s’est encore illustrée cette semaine. Je ne m’arrête pas sur ces excuses, dont l’idiotie ne fait que renforcer ma thèse : les erreurs d’arbitrages sont regrettées et regrettables, elles ne font pas « partie du jeu » au même titre qu’une frappe sur la barre ou qu’un sauvetage sur la ligne, les erreurs d’arbitrages font partie des choses à éliminer, et non pas des choses à maintenir. En attendant d’agir, la FIFA s’excuse. Ça doit leur faire une belle jambe, aux Anglais et aux Mexicains.
Si la FIFA pensait sincèrement que « l’erreur est humaine », qu’elle fait « partie du football », elle ne se serait pas excusée.
FIFA 0 - 2 Deux pieds décollés.
Ça c’était la semaine dernière, et donc, cette semaine, la FIFA a déclaré qu’elle mettait en garde la France. « Personne ne peut demander à quelqu’un de démissionner », a dit Valcke (secrétaire général de la FIFA), qui a toutefois nuancé son propos concernant la France : « on n’est pas inquiet, mais on est attentif ».
Foot et politique ne doivent pas avoir de rapport ? Je pense que dans toute l’histoire de l’hypocrisie, il faut aller chercher chez Molière pour trouver un Tartuffe aussi extraordinaire que la FIFA. Comme si le choix d’un pays pour accueillir la Coupe du monde n’était pas politique. Comme si on ne demandait pas aux états de construire des stades. De garantir la sécurité autour voire dans les stades. De contrôler les financements des clubs.
Un peu de sérieux.
Bien sûr, je ne dis pas que foot et politique coïncident (par exemple, euh... au foot, la Turquie joue la Coupe d’Europe) – mais le fait que la FIFA se soucie autant de démarquer foot est politique est particulièrement cocasse.
Tellement absurde, que c’est suspect.
Qui la FIFA essaye-t-elle de convaincre que la politique ne doit pas se mêler du foot ? Et surtout, pourquoi la FIFA est-elle à se point intransigeante ? Pour peu qu’on soit attentif aux comportements humains, qu’on se soit posé deux trois questions de psychologie, pour peu qu’on soit barman, ou commerçant, on sait très bien ce que ça cache : la FIFA a de toute évidence quelque chose à se reprocher.
La FIFA qui se plaint aussi immédiatement, et avec autant de force, des déclarations de Bachelot à propos d’Escalettes, c’est comme si un type qui n’était absolument pas soupçonné d’un meurtre déboulait au commissariat en gueulant : « je suis innocent ! ». Direct on lui dirait : « Vous êtes en état d’arrestation. Vous avez le droit de garder le silence ou de parler, comme vous voulez, tout ce que vous pourrez dire on s’en fout, ici on est en France et pas aux Etats-Unis ».
En France le débat existe aussi. Est-ce qu’on en fait trop ? Le football a-t-il la dignité d’un enjeu politique grave ? Est-ce que « l’image de la France » se joue réellement dans un truc aussi futile que le foot ?
Premièrement, le foot n’est pas futile, il est populaire. Ceux qui font l’amalgame sont snobs.
Deuxièmement : une équipe victorieuse est reçue à l’Elysée. Pourquoi pas des perdants ?
Bachelot et Sarkozy aurait été assis à côté de Blatter si la France avait été en finale.
En cas de victoire, les Champs-Elysées auraient été fermés, les unes des journaux auraient concerné le foot, et on aurait parlé de la France unie.
Initials B.B.B.
Bref la victoire aurait été relayée politiquement.
On aurait eu le droit de féliciter la fédé, et là on n’aurait pas le droit de l’engueuler ? Allons.
Troisièmement : non, effectivement, le foot ne devrait pas avoir toute cette importance. Ou plus exactement, prendre toute cette place (c’est-à-dire, en ce moment, toute la place).
Nos démocraties (politiques, médias) ne savent pas gérer ce qui est populaire. Soit c’est snobé naïvement, soit c’est encensé aveuglément.
Aucun débat à l’assemblée nationale n’avait attiré autant de journalistes, que la réception de Domenech et d’Escalettes. Mais l’ai-je déjà dit ? Ce sont des charognards, qui ne donnent de l’importance qu’à ce qui saigne, et/ou ce qui vend.
Ce sont les seuls, jusqu’à présent, à ne pas s’être interrogés sur leur rôle. Quant à se remettre en cause, je n’en parle même pas. Les journalistes finiront par se noyer dans leurs propres images.