Le cinéma copie tout sur le foot, sauf l’essentiel, et sans le reconnaître. Remettons les choses à leur place.
Les Oscars d’Hollywood (qui doivent leur nom à un emprunt aux Oscars du foot, décernés chaque année sur Canal +), mais aussi les César (qui doivent leur nom à des voitures compressées), sont attribués en raison de critères d’une pauvreté remarquable, tandis que les points de vue qui concernent le foot sont d’une subtilité sans pareil.
Pour les récompenses cinématographiques, on a besoin de deux tours : on choisit des nominés, puis on choisit un vainqueur. Pour les César, il y a 3.500 votants réunis en 12 catégories (auteurs, acteurs, distributeurs, etc. – voire l’article Wikipédia pour le détail). Ce sont les gens qui font le cinéma qui récompensent le cinéma. Pour les Oscars, c’est un peu la même chose, à ceci près qu’on accepte les pots-de-vin.
Le cinéma est malhonnête
Premièrement, je ne vois pas pourquoi ni comment le « pot-de-vin », qui signifiait jadis quelque chose comme le pourboire, a fini par désigner la corruption. Ça ne suffisait pas, « dessous-de-table » ? Ah c’est sûr, il y a plus de syllabe. Mais enfin ! Le vin ! C’est fraternel un pot de vin ! Bref.
Deuxièmement, le cinéma doit avouer qu’il s’est inspiré du foot : les Oscars du foot sont décernés par les membres de l’UNFP, le syndicat des joueurs professionnels - les gens du milieu, donc. Mais si dans le foot ce jury est légitime (les joueurs jouent les uns contre les autres, ils sont bien placés pour évaluer la performance d’un joueur), c’est moins évident pour le cinéma (un réalisateur, un chef opérateur, un producteur, est-il le mieux armé pour évaluer un film ? Un réalisateur ?).
Troisièmement, est-il nécessaire de s’y mettre à autant pour nous pondre de telles récompenses ? J’en connais qui s’essaient chaque année au jeu des pronostics pour les César – mais c’est mort ! Quand on espère que les membres du jury ne seront pas conventionnels, ils le sont dramatiquement, et quand on mise sur la logique, ou l’objectivité, le jury se la joue original. Eh bien... Comme le lotofoot ! Tu crois être audacieux en supposant que Nice parviendra à faire un nul à Saint-Etienne - et BAM ! Nice les explose. Le cinéma c'est comme le lotofoot, donc, sauf qu’au lotofoot on sait bien que c’est aléatoire, des résultats ; on l’assume, on sait que sur un match « tout est possible » - alors que dans le cinéma, les principes d’élection ont beau être grandement hasardeux, ils se présentent comme la voie de la vérité.
Le cinéma ne comprend rien
Au cinéma, pour avoir un Oscar, il faut grossir. S’enlaidir fonctionne aussi. Les américains adorent que les acteurs soient « méconnaissables », qu’ils aient accepté de s’impliquer physiquement dans un rôle. Au foot, le joueur qui a grossi, on le lui reproche et on a bien raison. Les De Niro, les Tom Hanks, les Joaquin Phoenix : il n’y a qu’un art sans subtilité comme le cinéma qui puisse valoriser ainsi le laisser-aller. Nos Ronaldo, nos Benzema, nos Darcheville : on les traque jusqu’à ce qu’ils fassent les efforts indispensables.
Et pour finir, parlons de la « technique » ! Au foot on s’y connait, en technique ! Au cinéma, on la dévalorise ! On ne comprend rien à ce qui est technique, dans le cinéma, ni à la valeur que cela a ! J’ai lu qu’Inception n’avait eu « que » des prix techniques. Mais non seulement il n’aurait pas été scandaleux qu’il n’ait rien du tout, et deuxièmement, la « photographie » d’un film peut-elle être réduite à de la « technique » au sens où le cinéma l’entend ? En quoi la qualité platisque d’une image, d’une harmonie colorée, d’un contraste, d’une ambiance, la pertinence d'une profondeur de champ seraient-elles plus de la « technique » que les « trucs » de l’actor studio ? c’est en effet de la technique, oui – mais à condition de bien la comprendre ! C'est-à-dire, la comprendre comme dans le foot, où l’on sait apprécier les choses à leur juste valeur. La technique ? On sait y voir la créativité, la beauté, le génie.
Un peu de lucidité, tout de même, cette année, dans les Oscars : le meilleur montage revient à The Social Network, un film dont le rythme est à la fois dynamique et subtil, à mille lieues des gigotages clipés de Dany Boyle, et renvoie judicieusement à nos communications actuelles (fluidité, rapidité, simultanéité des discussions, tourbillons des événements de l’actualité) sans rien sacrifier des exigences propres à la narration cinématographique. Juste de la technique, le montage ?
Conclusion
Le cinéma transpose sans réfléchir, et sans cesse, les mécanismes performants dans le foot, sans être capable de porter sur son objet le regard intelligent du sport. Vous allez voir qu’on constatera bientôt que des films font des gros plans au ralenti - comme avec la super loupe de Canal+.
Source image :
http://www.laprovence.com/diaporama/lom-et-la-farce-des-oscars-du-foot?idx=3
J'aime bien la conclu', sinon ce serait pas mal de décerner un césar au plus mauvais articles de L1. Faut croire que certains font la course...
Tu penses à quelques articles en particulier, j'ai l'impression... Un indice?
Sinon, pour l'Oscar du meilleur acteur, je te propose ceci : http://www.lequipemag.fr/EquipeMag/Insolite/nouveau-l-auto-agresssion-20110224_091553.html
Non en fait j'ai fait une erreur, je parlai des arbitres* et non pas des articles* : lapsus révélateur ?
Salut Gilles,
voici un nouveau projet du BLOGaL : une page RSS avec mes articles préférés de la semaine. Es-tu OK pour figurer parmi les blogs cités ?
http://www.blogal.fr/article-la-redaction-des-pages-sports-football-du-blogal-a-aime-sur-le-web-68693684.html
Alx