Ils étaient toujours en forme. Ils étaient super entraînés. Et ils venaient pour gagner. Oui, c’est bel et bien d’Oliv’ et Tom, diffusé par la Cinq en 88, puis par le Club Dorothée entre 93 et 97 qu’il sera question cette semaine.
Dieu tout puissant, mais que pouvions-nous bien trouver d’intéressant à cet anime ?
D’abord, il était le seul dessin animé sur le foot. Même s’il fut ensuite concurrencé par L’école des Champions (qui était une école où il fallait venir, se battre avec passion), force est de constater que seul Captain Tsubusa (le titre en VO) a su développer un univers riche (beaucoup de personnages), complexe (beaucoup d’histoires enchevêtrées) et cohérent (grâce une trame très simple, un objectif partagé par tous : gagner des tournois). Olivier avait pour sa part l’objectif de partir jouer au Brésil – lieu que les auteurs avaient la bonne idée de ne jamais nous montrer, afin de nous laisser mettre nos images sur le rêve d’Olivier.
Oliv’ et Tom doit sa gloire, peut-être, aux extraordinaires personnages secondaires – le césar du second rôle revenant à Mark Landers, qui par son charisme et son caractère (signalés par la peau mate et les manches retroussées), fut un adversaire formidable pour Olivier Atton (qui n’était pas sans rappeler le chevalier Pégase : un statut de héros sans nuance, une dévouement à la bonté un peu lisse, bref, rien d’imparfait qui puisse apporter quelque profondeur, et donc quelque intérêt à un personnage principal – Sangoku, par exemple et par opposition, était d’abord caractérisé par une extraordinaire naïveté).
Mais moins que les tempéraments des personnages, ce sont leurs noms qui furent exceptionnellement bien choisis, et qui seront gravés dans notre mémoire pour toujours. Il est peu probable que les traducteurs du Manga aient lu Le Cratyle de Platon, mais quoiqu’il en soit, ils ont fait preuve d’une extraordinaire maîtrise de la science de la dénomination. Exploitant formidablement l’opposition entre un prénom qui n’a qu’une syllabe, et un nom qui en compte deux – ou l’inverse (Ted Carter, Thomas Price, Bruce Harper, Julian Ross, Ben Becker, Ed Warner…), ils surent également conférer à des noms et des prénoms plus longs (Danny Mellow, Roberto Sedinho, Théo Sélers) un rythme et une richesse phonétiques dont la valeur poétique est incontestable. Absolument tous les noms de ce dessin animé sont non seulement stylés, mais encore incroyablement cohérents avec les visages qui les portent. Les mots et les choses correspondent ; ce qui est valable pour cette fille, qui ne pouvait s’appeler que Patty, fonctionne pour chaque personnage.
Mais cela ne suffisait sans doute pas à ce qu’on suive le dessin animé. Et (attention ce qui va suivre peut déprimer les fans) il faut savoir, en plus, que non seulement un seul doubleur faisait les voix de Mark Landers, Bruce Harper, Julian Ross et Madame Atton, mais qu’en plus ce doubleur était une femme : Joëlle Guigui (je signale que pour toutes ces questions, comme pour l’histoire du dessin animé, l’article Wikipédia est indépassable).
Alors, quoi d’autre ?
Ce ne peut être en vertu du générique, qui est sans doute resté en mémoire pour les raisons inverses des noms des personnages (il était nul – même si Jean-Claude Corbel, qui interpréta également les génériques de Cosmocats et de La bande à Picsou, avait peut-être quelque secret magique).
Ce ne peut être pour le réalisme des matchs (je ne parle pas des extravagances, comme par exemple les appuis sur les poteaux ou les ballons ovalisés par la puissance du tir, qui étaient plutôt un atout du dessin animé – je parle de ce qui aurait pu, aurait dû, être traité de manière crédible : la dimension du terrain, ou encore le fait que les joueurs s’arrêtent de courir pour tirer en dehors de la surface, alors que ma foi, rien n’empêchait d’avancer encore ; de temps en temps aurait pu être sifflé un pénalty, aussi).
Ce ne peut être pour les mélodrames, pénibles, qui faisaient traîner les épisodes : deux minutes pour armer une frappe ; trois heures de lamentations de Julian Ross qui a un problème au cœur ; des débordements d’une longueur extraordinaire, lors desquels Olivier était au coude à coude (littéralement) avec un défenseur, avant que les deux ne s’arrêtent, pour se faire face, restant quasi immobiles, engagés dans un combat psychologique terrible – de quel côté va-t-il aller ? – avant que soudain – une passe ! – extraordinaire idée. Ben Becker s’est démarqué, il va pouvoir frapper, même si contre toute attente, l’épisode s’arrête alors que la caméra était embarquée sur le ballon, et qu’apparaissait dans le champ, dans une surface de réparation courbée, le gardien qui venait d’engager son plongeon après avoir pourtant déjà couru pendant trois ou quatre pas sur sa ligne.
Bien sûr le mercredi d’après, Ed Warner arrêterait le ballon (pas de but en début d’épisode).
Alors, pourquoi ?
C’était peut-être pour la raison suivante : le dessin animé entretenait les rêves d’être un champion, notamment grâce à une voix, qu’on ne se rappelle pas précisément mais qu’on reconnaitrait entre mille – celle du commentateur, dont la présence au cœur des stades immenses, miraculeusement remplis pour un tournoi juniors, était le sommet des ingrédients surnaturels, et incarnait les attentes des petits garçons. On regardait Oliv et Tom parce qu’on rêvait d’être le numéro 10 qui marque dans un stade plein à craquer.
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