Mathias Roux, Socrate en crampons, « une introduction sportive à la philosophie », Flammarion, 16 euros.
L’auteur a eu l’idée d’exploiter les « faits de jeu » de France – Italie 2006 pour traiter les notions au programme de philosophie de Terminale. Par exemple, il s’interroge sur les notions de légitimité et de légalité à propos du coup de tête de Zidane : « illégal » parce que les règles du foot l’interdisent – mais l’acte n’était-il pas « légitime », en référence à des valeurs autres que la loi (l’honneur, la morale) ? Mais peut-on s’autoriser à se faire justice ?
Autre exemple, plus difficile : interroger le thème de la perception à propos de la faute de Materazzi qui a causé le péno : pourquoi les supporters italiens ne voient-ils pas faute ? N’ont-ils pas vu le même fait ? La vidéo mettra-t-elle tout le monde d’accord ?
Matthieu Roux a la bonne idée de profiter des analyses pour apporter quelques éclairages historiques (d’où vient l’expression « Panenka », par exemple).
Il ne s’agit pas simplement d’« illustrer » les notions philosophiques (liberté, bonheur, conscience, et toutes les autres) avec des exemples pris dans le foot, il s’agit de s’interroger sincèrement, en prenant le football pour point de départ. C’est pourquoi certains passages sont franchement intéressants. Mais qu’on ne se trompe pas : ce livre n’est pas une analyse philosophique du football. Il s’agit très précisément de vulgariser les concepts philosophiques, en montrant qu’on peut, à partir du foot (comme on pourrait le faire à partir de n’importe quoi) soulever des questions complexes, dont les enjeux sont profonds.
Ceux qui n’aiment pas le foot ne le trouveront pas plus intéressant après avoir lu ce bouquin, et ceux qui aiment beaucoup le foot et/ou la philo ne seront pas comblés comme après la lecture du livre de Pourriol. Le livre de Roux est, comme son sous-titre l’indique, une introduction à la philosophie, et d’ailleurs, la « cible » pourra y trouver son compte : le livre s’adresse vraisemblablement à ceux qui découvrent la philosophie, par exemple aux élèves de Terminale, et à ceux qui sont curieux de connaître les principales notions philosophiques.
Il faut simplement apprécier, ou du moins pouvoir supporter, que les points de départ des analyses proviennent tous d’un match de foot.
L’auteur veut plus généralement ouvrir le « grand public » à la philosophie. On peut toutefois craindre que ceux qui y sont initialement réticents la trouvent une fois encore trop prise de tête. Notamment parce que Roux s’adresse à des profanes sans choisir toujours le langage adéquat (« Jouer à quelque chose exige la reconnaissance réciproque des joueurs entre eux par l’acceptation mutuelle de la règle »).
La transmission est un exercice difficile.
Plus difficile encore : revivre ce match de 2006 (moi par exemple je n’ai pas pu tout lire, c’est trop tôt).
Ceux qui s’en sentent capables, et qui ont envie, pour une raison ou pour une autre, d’être initiés à la philo telle qu’on la pratique en Terminales, peuvent largement investir 16 euros.
Si on est prof en ZEP aussi, pourquoi pas. Il y a quelques bonnes idées, et d’une manière générale, choisir des exemples apparemment simples pour introduire à la philosophie est la meilleure des pédagogies.
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