Mardi 21 décembre 2010 2 21 /12 /Déc /2010 12:08

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Le supporter de foot serait un bourrin, inculte et chauvin, irrespectueux de l’adversaire, violent et/ou alcoolique, incapable des finesses et des vertus du supporter de rugby. Il aimerait le foot parce qu’il s’emmerde, et parce qu’il ne faut pas être bien futé pour apprécier de regarder des mecs courir après une baballe en la poussant du pied. Enfin, ce serait vraiment con d’aller se cailler les miches au stade quand Canal + retransmet les matchs.

Tout cela est faux, bien sûr. Et plutôt que d’expliquer les causes du tempérament méprisant des anti-foots, les raisons des discours dédaigneux (caractéristiques, souvent, d’une posture intellectuelle), on va s’efforcer de définir objectivement le supporter de foot. Le piège consiste à trop vouloir nier les excès des supporters, en disant : « Certes il y a quelques mecs énervés et pas très subtils… Mais c’est juste une toute petite minorité… Il y a une grande majorité de gens simples, qui aiment le foot normalement… ». Car cela est faux aussi.

En effet, le supporter qui n’est pas un désaxé monomaniaque, n’est pas non plus pour autant un spectateur classique. Le supporter est une catégorie singulière d’amateur de foot, dont le concept échappe aux médias, qui n’ont d’yeux que pour les forcenés, à ceux qui n'aiment pas le foot et ne sont jamais allés au stade, et au président du PSG, qui aimerait que les virages du Parc soient un lieu convivial pour passer un bon moment en famille.


Le supporter de foot n’est pas un spectateur

Le supporter de foot se caractérise d’abord par ses connaissances, ses références, ses valeurs. La première qualité du supporter de foot est en effet sa culture

Le supporter connait l’histoire du club qu’il suit, il sait les noms et les qualités des joueurs qui ont marqué les esprits, il peut citer les grands présidents, il est incollable sur le palmarès, il a une idée précise des budgets, des objectifs, du calendrier. Il se positionne par rapport aux rumeurs, il a ses avis sur la tactique, le management, le stade. 

Sa culture s’étend en outre à l’ensemble du football. Il suit les championnats européens, il sait parler des grands clubs, connait le Kick and rush, le corner à la rémoise, le Catenaccio, la faute utile.

Contrairement à ce qu’on entend, il se caractérise moins par la haine des adversaires que par l’amour du football en général ; d’une manière générale lui-même joue en club, à 11 ou à 7, ou alors à l’Urban foot, ou bien de temps en temps, au bois de Vincennes, à Vaugrenier ou autre parc disponible – et en principe il joue sur console.

Bref, le supporter connait le foot ; il sait de quoi il parle.

 

Le supporter aime son club

Le supporter se complaît dans l’opposition avec les adversaires – mais pas plus qu’un militant politique par exemple. L’ennemi commun est une chose fédératrice, au foot comme ailleurs, mais ce n’est jamais la cause profonde d’un engagement, ni sa manifestation première.

« Nous marchons vers le stade en l’aimant », écrit Jean-François Pradeau, dans le texte dont cet article s’inspire : Dans les tribunes, Eloge du supporter. Cet auteur improbable, spécialiste et traducteur de Platon, s’est mis dans la peau des supporters pour en comprendre les mystères. Selon lui, c'est donc l'amour qui est la clé de voûte du système complexe de la célébration du stade. Ce que le supporter manifeste, par son corps et sa voix dans le stade, lorsqu'il chante, danse, vibre, ce sont des preuves d'amour. Le supporter aime son club - ce qui est loin de signifier qu'il le défend absolument, ni qu'il l'admire nécessairement. 

L'amour du club et la haine de l'ennemi sont-ils proportionnels? Deux faces d'une même médaille? Non, car un autre critère existe : le degré d'intelligence du supporter. Affection, antipathie et jugeotte sont susceptibles d'être particulièrement nuancées, Il y a bien sûr différentes formes d’affection du club, et diverses manifestations de la détestation de l’ennemi. Par ailleurs, l'intelligence peut se manifester par une forme de recul, par l'humour, par la lucidité.

Toutes ces qualités non seulement difficilement quantifiables, mais aussi combinées, elles produisent des types très variés de supporters. On peut définir deux idéaux types, deux formes extrêmes, du supporter. 


Les deux formes de supporters

Le premier extrême dans l’éventail des comportements est le supporter stupide, très cultivé footballistiquement parlant (mais pas très pertinent), tatoué, très premier degré, qui brûle les écharpes des adversaires, fait les déplacements, se bat, casse les voitures des joueurs qui l’ont vraiment trop déçu. L'autre extrême est l’abonné actif dans le stade, qui participe à son ambiance, qui est bouleversé par les grandes victoires, sérieusement contrarié par les défaites, porte volontiers son écharpe et/ou son maillot au stade ou en dehors. Il parle volontiers d'autre chose que du foot, et s'il connait moins bien l'histoire du club que le premier cas, il connaît mieux le foot en général. 

 Ce second type se distingue sérieusement du premier : il peut prendre les choses avec humour, parce qu'il a un peu de recul. Cela ne l'empêche toutefois pas de les prendre à coeur. Lorsque son équipe a perdu, par exemple, il appréhende de regarder la télé, de peur que les résultats lui soient rappelés.

Faut-il conserver le nom de "supporter" pour le premier cas? Selon les personnes concernées, oui.

Le simple spectateur n'entre pas dans ce champ des possibilités : il est trop indifférent des résultats, trop ironique au stade, trop distant, trop peu enclin à exiger une expulsion après un tacle agressif de l'adversaire sur son numéro 10. Cela dit, certains spectateurs ont davantage de points communs avec la forme souple de supporter, qu'il n'y en a entre les deux idéaux types.

Aller au stade ne suffit pas. Corrélatifs à la passion pour le club, l’aspect et l’activité du supporter, son implication, le distinguent du spectateur sagement assis. Certes, celui-ci est potentiellement enthousiaste, et parfois muni d’un enfant portant une écharpe du club, mais il ne troquera pas la bonne vue qu’on a en tribune d’honneur contre l’agitation des virages, même par curiosité. Le simple spectateur avait déjà failli ne pas venir en apprenant que le match était retransmis à la télé. Il veut juste voir des buts, et s'en remettra avant même d'avoir regagner sa voiture si l'équipe qu'il préférait perd.

Et puis, le simple spectateur à un peu trop tendance à être objectif.


Le supporter de foot n'est pas objectif

Aussi cultivé soit-il, le supporter est caractérisé par une forme singulière de mauvaise foi. Les supporters du PSG estiment, par exemple, faisant fi de toute lucidité, que David Ginola était meilleur que Chris WaddleLe supporter est deuxièmement à peu près incapable d'estimer s'il y a pénalty ou non lorsqu'une équipe qu'il aime ou qu'il abhorre est concernée. Le supporter est également incapable d'assumer qu'il a un goût immodéré pour la victoire. Quand l'équipe est nulle, le supporter prétend ne réclamer qu'une chose, à savoir que les joueurs mouillent le maillot, mais lorsque les joueurs mouillent le maillot, cela ne suffit jamais. Brandao, par exemple, est régulièrement sifflé. Aux yeux du supporter, il y a obligation de résultat. La passion pour la victoire n'étant toutefois pas une chose aussi profondément inscrite dans l'identité que la passion pour le club, le supporter continue d'aller au stade même en cas de mauvais résultats - quitte à ce qu'il y aille pour râler et siffler.

Le supporter est donc quelqu'un qui demande toujours plus, et qui s'y autorise puisque lui-même s'implique sans retenue. C'est cette motivation continue, absolument ininterrompue, qui le conduit à se déplacer au stade pour siffler plutôt qu'à simplement boudé en restant chez lui. C'est aussi cela qui lui permet de revendiquer légitimement sa contribution au rôle de 12ème homme.

Le supporter peut aller jusqu'à appeler l'After foot, pour partager sa mauvaise fois avec l'ensemble de ses confrères (si vous ne savez pas ce que c'est que l'After, vous n'êtes pas supporter).


Conclusion

Culture, activité, implication, démonstration, enthousiasme - quelque chose comme de l'amour, donc. Mais l'affection pour un club de foot est une chose bien singulière, potentiellement absurde, qu’il reste encore à justifier. La définition du supporter n’est donc évidemment pas épuisée par ces descriptions. Deux étapes restent nécessaires à la compréhension globale du supporter. Il faudra passer de l’individu au collectif, car un supporter n’agit jamais seul, avant d’en arriver à la caractérisation du temple sacré du supporter : le stade.

 

 

 

Source image: 

http://flip-flap-ghetto.football.fr/post/2007/04/07/113-flip-flap-insolites-c-est-de-la-balle

Par deux pieds décollés - Publié dans : Lexique - Communauté : LA communauté football du blog
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Commentaires

Le Foot, c'est la vie pour certains supporter : les rivalités et autres sauvageries représentent bien une partie du caractère humain...

Commentaire n°1 posté par Rambo le 24/12/2010 à 16h56

Le supporter, humain, trop humain...

Réponse de deux pieds décollés le 27/12/2010 à 20h10

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