Voici la suite tant attendue.
Même en admettant qu'on emploie proprement le vocable "petit pont" que s'il est volontaire, il y a beaucoup de petits ponts différents.
Allons du pire au meilleur.
Le pire, c’est bien sûr le petit pont qui donne lieu à une perte de balle. Si en plus ça donne une contre-attaque, vous pouvez être sûr que l’auteur du petit pont va en entendre parler. Et s'il y a but derrière, le joueur est remplacé direct.
Il y a ensuite les petits ponts simplement efficaces, lors desquels on se contente de glisser le ballon entre les jambes, parce qu’on a vu que y avait moyen. C’est souvent le cas quand les gardiens sont « bien sur leurs appuis » - tellement bien, qu’ils ont les jambes clouées au sol, et qu’il leur arrive, souvent, soit de faire une belle Toldo, soit de prendre un petit pont. Bref, le joueur voit que l’adversaire a les jambes écartées, et il fait un petit pont.
C’est pas mal. Pour des passes, aussi, on en voit souvent des comme ça.
Mais venons-en aux choses sérieuses : le petit pont pour dribbler, c’est bien mieux. Parce qu’il faut dans ce cas-là remplir le contrat qui donne au petit pont sa dimension castratrice : on doit récupérer le ballon derrière. Il faut donc mettre le petit pont, ne pas laisser à l’autre le temps de se retourner et parfaitement doser la poussée du ballon.
Mais il y a encore mieux.
Très exactement, c’est lorsque l’objectif (dribbler de préférence, mais aussi passer, marquer, faire cette belle passe en profondeur dans le bon timing, au moment où l’avant-centre est à la limite du hors-jeu, etc.) ne pouvait être atteint que grâce au petit pont, que le petit pont est magnifique. Le petit pont est sublime lorsqu’il était le moyen optimal de parvenir à ses fins.
Car on pourrait croire que le petit pont est une fin en soit, un truc rigolo, joli, etc. Mais non. La noble mission du petit pont est d’être un moyen au service d’une fin. C’est en ce sens-là une extraordianaire technique, un savoir-faire non seulement efficace, mais essentiel. Le petit pont qui n'était pas nécessaire, c'est bien joli, mais ce n'est pas noble. Seul le petit pont compris comme un optimum est glorieux.
Ok ?
Mais il y a encore mieux.
Oui.
Encore mieux que le petit pont qui permet de passer dans un trou de souris alors qu’on était conicé au poteau de corner par deux défenseurs, et qu’on va désormais pouvoir entrer dans le surface et faire un beau centre en retrait.
Le petit pont génial, c’est le petit pont comme ça :
Pourquoi ?
Mais non, pas du tout parce qu'il fait suite à un bel amorti. Ni parce que c'est un joueur de Lille - tout le monde s'en fout, de Lille (au point où d'ailleurs, tout le monde veut bien reconnaître qu'ils "jouent plutôt bien").
En plus de tout ce qui a été dit précédemment du petit pont formidable, le petit pont génial est celui qui est envisagé, et déclenché, AVANT que le joueur n’écarte les jambes.
Parce qu’on a senti que le trou allait s’ouvrir, que la place allait se libérer.
Regardez à nouveau la vidéo.
Le petit pont parfait est guidé par le génie footballistique : l’intuition. On sent venir le défenseur, il va mettre sa jambe en opposition par là-bas, c’est sûr et certain – alors on anticipe pour parvenir à nos fins, et le petit pont, alors, coule de source.
Sa réalisation est fluide et naturelle.
Son exécution est absolument spontanée, elle s’est faite dans le mouvement, dans la parfaite continuité avec le cours des choses.
Comme si de rien n'était.
Le grand numéro 10 envisage, comprend, anticipe, intuitionne les déplacements de l’adversaire, et il s’y coordonne.