La pression. L’enjeu. Le suspense. Le pénalty est un duel. Une affaire de regard. Une histoire de nerfs. Une question d’héroïsme.
Il faut analyser tout cela.
En trois temps.
Premièrement, que doit faire le gardien ?
Pour répondre à cette question, nous présupposerons que le péno est bien tiré ; les frappes toutes pourries faussent les règles, évidemment. Inversement, les pénaltys parfaitement tirés (frappe tendue dans le petit filet, soit à raz-de-terre soit en lucarne) closent toutes les discussions : ils sont inarrêtables. Là, donc, on parlera des péno « bien tirés », ni plus ni moins.
Les meilleurs gardiens ont sans doute le meilleur temps de réaction, mais pour être un grand gardien lors des séries de péno, il faut surtout avoir le meilleur timing : plonger au moment précis ou le joueur va tirer. Précisément : pour partir en même temps que la frappe, il faut avoir l’intention de partir juste avant la frappe. Si on part trop tôt le tireur le voit. Si on part trop tard, eh bien c’est trop tard.
Le parfait timing sur le pénalty, c’est décisif, et c’est presque impossible : il faut partir le plus tôt possible, mais sans partir trop tôt. Cela demande des appuis parfaitement coordonnés avec la course du tireur. Il faut donc sentir venir la frappe. Le péno est donc en dernier ressort une histoire d’intuition. De ryhtme. De Kaïros.
D’où l’interdiction de faire des feintes de frappe au dernier moment. Interdiction ultra légitime, et parfois certains joueurs ont des attitudes… un peu limite – pour ne pas dire complètement lâches. Ils faussent le face à face, ils le tronquent, ils laissent partir le gardien, ils refusent le duel. Ils ont peur. Si Christian Jeanpierre tirait des pénos, il ferait une feinte de frappe au dernier moment.
Le gardien doit plonger le plus loin possible, ce qui présuppose qu’on plonge ni trop en hauteur, ni trop à ras du sol.
Deuxièmement, quelle attitude doit avoir le tireur ?
Déjà, il y a deux Commandements. Le premier : avant même de se présenter pour tirer (lors des séries de pénaltys), ne pas rejoindre la surface en courant depuis le rond central. Il faut marcher sereinement. Impossible de ne pas gamberger un maximum, bien sûr, mais il faut s’efforcer de se concentrer. C’est ensuite dans la course d’élan, qu’on ne réfléchit plus. Et le deuxième Commandement est : pas trop longue, la course d’élan. Sinon même sans le vouloir on tergiverse. Et même si c’est pour mettre une praline qu’on prend beaucoup d’élan, eh bien si on abuse de l’élan elle finit souvent sur la barre, la praline.
Trois, quatre pas d’élan et puis basta. Une frappe sèche, du côté qu’on a choisi au préalable. On n’improvise pas un côté pendant la course. On fait comme si le gardien n’était pas là. Lui le gardien il va faire zarma il donne des fausses pistes, il va vouloir défier du regard, il va vouloir intimider, il va bouger dans sa cage, il va cracher dans ses gants. Parfois, même, il ne va pas se mettre au milieu. Le joueur doit faire abstraction. Il a un objectif - un seul : le petit filet.
Le grand déséquilibre du péno : la pression n’est que sur le tireur. Exclusivement. Le gardien n’a rien à perdre. Même une panenka ne l’humilie pas. Ça l’énerve, sans doute, mais ça ne lui sera jamais reproché par qui que ce soit. Le gardien a tout à gagner en arrêtant le péno. Le tireur, tout à perdre en n’assurant pas. C’est rude. Mais c’est comme ça. A partir de là, aucun tireur n’est invincible sur péno – pas même Gerrard. Seul Zidane fut un héros en la matière.
Enfin, que doit faire l’arbitre ?
Laisser sa place à la vidéo. Un pénalty refusé alors que le ballon a franchi la ligne est la plus grande injustice du monde, loin devant tous les tsunamis et autres tremblements de terre. Un pénalty refusé qui a franchi la ligne, cela crée des désastres psychosociologiques, des Vendettas sur plusieurs générations, potentiellement des guerres civiles.
Le pénalty est une affaire trop sérieuse pour que ceux qui ne sont pas fait pour ça (arbitres, arrières gauches, milieux défensifs) y participent, de près ou de loin.
La cage est grande, mais elle n’est pas si grande. Le geste a été répété 200.000 fois, mais on peut trembler, voir fléchir. Le dilemme est clair – quel côté ? – mais il est cornélien.
Oui le pénalty est une tragédie. Trézeguet est un Œdipe.