La défense est supérieure
« La forme défensive de guerre est en soi plus forte que l’offensive » : c’est incontestable, pour la simple et bonne raison que si la proposition inverse était vraie (si jamais attaquer était plus efficace que défendre), eh bien les équipes attaqueraient toutes, tout le temps, et nous aurions des scores de Babyfoot. C’est ce que l’on appelle du football total, mais cela n’existe plus – même plus en Coupe d’Afrique : il a fallu se rendre à l’évidence qu’une bonne défense finissait toujours par l’emporter.
Selon Clausewitz, la guerre commence lorsqu’il y a défense, et non attaque. En effet, si on laissait l’attaque attaquer, il n’y aurait pas, à proprement parler, de combat guerrier. C’est lorsque la défense s’oppose à l’attaque, qu’elle résiste, que le combat commence. Et la défense ne se contente pas d’opposer une résistance : elle organise sa résistance. La défense peut à la fois tenir compte de l’attaque (prévoir le dispositif tactique adéquat), et à la fois s’organiser sur sa moitié de terrain avant que l’attaque n’arrive.
« La défense dicte ses lois à la guerre », dit Clausewitz : elle est organisé à la fois en fonction de l’attaque, et avant elle.
La finalité de la défense est de parer un coup (prendre le ballon, contrer le tir, intercepter le centre…). Aussi, le signe caractéristique de cette défense est-elle d’attendre le coup. L’avantage est incontestable. Il est flagrant dans les dégagements du gardien : c’est presque toujours le défenseur qui attrape le ballon. Face à l’arrivée du ballon, il a pu se placer avec plus de pertinence, avant l’attaquant, et soit il prend le ballon, soit il empêche l’attaquant d’en faire quelque chose de correct.
Ce n'est pas tout
Il y a une dichotomie entre celui qui doit donner le coup et celui qui doit le parer : les chances de l’emporter ne sont pas égales, les potentiels ne sont pas symétriques. Il y a beau avoir onze joueurs de chaque côté, les onze qui défendent voient leur tâche facilitée : « Il est plus facile de conserver que d’acquérir », que ce soit collectivement (la mise en place tactique) ou individuellement (ne pas se faire dribbler). L’attaquant doit obtenir quelque chose, aller chercher quelque chose ; le défenseur, lui, ne doit rien obtenir. Même pas nécessairement de prendre le ballon : on laisse l’initiative à l’adversaire, ils peuvent se faire autant de passes qu’ils veulent.
De ceci découle un autre avantage, que mentionne Clausewitz. Pourquoi est-il plus facile de conserver et protéger ? Cela vient aussi « de ce que tout le temps qui s’écoule inutilisé tourne en faveur du défenseur ». Le moindre temps perdu ne l’est pas pour les deux équipes : le temps n’est perdu que pour celui qui voit son temps compté pour aller chercher quelque chose. Celui qui n’attend rien (d’autant qu’au foot, rien ce n’est pas rien : 0 – 0 c’est 1 point), est ravi de voir le ballon s’en aller dans les tribunes.
Le foot professionnel a résolu le problème du ballon qui s’envole, en multipliant les fournisseurs au bord des touches – mais il n’est pas rare, dans le foot amateur, de voir des mecs tirer très loin dans le décor, genre "pour écarter le danger" ou "parce qu’on a vu le gardien avancé" – alors que c’est très consciemment pour gagner du temps.
Les avantages de la défense sont donc les suivants : on s’organise en fonction de l’attaque, on prend position avant elle, et surtout, c’est là le point décisif, on réussit plus facilement sa mission quand on défend, puisque la réussite ne requiert pas d’obtenir quelque chose, mais de conserver quelque chose. Le temps n'est en outre compté pour celui qui n’a pas de temps à perdre (l’attaquant).
C’est plus facile de ne pas être dribblé que de dribbler. C’est plus facile de ne pas prendre de petit pont que d’en mettre un. C’est plus facile de mettre le ballon en touche que de faire un bon centre.
Comment faire, alors ? Quelles solutions pour l’attaque ? Pour le beau jeu ?
Premièrement, il ne va pas de soi que le jeu doive n'être jugé « beau » que s’il est offensif. La rigueur tactique, l’énergie déployée à défendre ardemment, la rapidité d’un contre, l’efficacité voire l’opportunisme d’un attaquant, ont aussi droit à une valorisation d’ordre esthétique.
Deuxièmement, lorsqu’on a bien compris l’avantage de la défense sur l’attaque, on peut en déduire les options de l’attaque : tactiquement, c’est perdu. Il faut déjouer les pièges d’un dispositif tactique autrement. Il faut provoquer, il faut dribbler, alterner les jeux courts et longs, enchaîner les passes rapidement - bref, seule la créativité à son mot à dire. Un match sérieux ne suffit jamais.
Facile à dire.
En d’autres termes, il faut une grande équipe, des grands joueurs, pour contrarier un Catenaccio. Un Drogba pour prendre les ballons de la tête. Un Messi pour dribbler un mec qui pourtant ne se jette pas. Un Maïcon qui court plus vite que tout le monde. Un Ôzil qui s’arrache plus que les autres, un Inzaghi qui veut plus attraper le ballon que les autres.
Il faut provoquer le Catenaccio. Sans relâche.
L’attaque se décourage toujours plus vite que la défense, qui n’a pas besoin d’obtenir quelque chose pour garder courage. Il faut donc un mental inépuisable. Continuer à se heurter au mur, chercher les cartons jaunes - pourquoi pas un rouge ? L’Inter aurait pu perdre au retour, l'an dernier, après le carton rouge. Mais ils ont tenu mentalement - et donc physiquement, et donc tactiquement.
Entre le Catenaccio parfait, et l’attaque parfaite (pas l’attaque totale, donc, mais l’attaque lucide, qui ne se désorganise pas, mais qui est toujours susceptible, à un moment où à un autre, d’accélérer, de provoquer, de centrer) – eh bien cela ne se joue « à rien ».
« A des détails », comme l’on dit. Les détails ? C’est-à-dire le règne du hasard – du circonstanciel. Lucio qui ne prend pas les cartons qu’il mérite, Messi qui n’est pas dans un grand jour, les attaquants de l’Inter qui, ce jour-là, n’auront besoin que d’une seule occaz’. "A rien", c'est-à-dire à ce tout ce qui fait la dimension tragique d'un sport. Un péno sur la barre, un ballon dévié du bout du pied. Un contre favorable.
Pour battre le Catenaccio, il faut être plus fort que ceux qui sont en position de force. « Attaquer nécessite plus de ressources de guerre ».
Dernière dissymétrie : en position de défendre, on ne risque pas de se découvrir en contre–attaquant (comme on l’a vu en seconde partie), tandis qu’en attaquant, la défense est un mal nécessaire, qu’il est plus difficile de maîtriser.
Conclusion
Pour battre un Catenaccio, il faut plus de mental, plus de génie, plus d’envie, plus d’esprit d’équipe, que chez ceux qui ont choisi le Catenaccio, qui ont donc une position qui favorise tous ces éléments psychologiques.
Et aussi paradoxal cela soit-il, pour battre un Catenaccio, il faut une grande défense. Une défense qui fera des sauvetages formidables, et qui mobilisera les attaquants, les mettra face à leurs responsabilités. Pour battre un Catenaccio, il faut un grand gardien. L’Espagne a gagné la coupe du monde parce que Casillas a sorti un arrêt extraordinaire face à Robben.
C’est toujours un exploit défensif qui nous aide à continuer de penser ce qu'il ne faut cesser de penser pour battre un Catenaccio. Et ce qu'il ne faut cesser de penser, c'est la chose suivante : « ça va rentrer ».
1 CASILLAS , 1 PUJOL , 1 MESSI , 1 DROGBA , 1 MAICON , 1 OZIL , 1 INESTA , 1 ROBBEN , 1 ETOO et pourquoi pas 1 ZIDANE et 1 MARADONA pour "etoffer" le tout ???? C'est sûr qu'avec quelques STARS bien utilisées on devrait pouvoir mettre a mal le plus coriace des caténaccio...Mais la réalité est toute autre et il faut enormement d'abnégation , conjuguée a beaucoup de talent , pour mettre a mal cette technique de jeu défensif...Alors ne revons pas , le caténaccio a encore , et c'est dommage , de très beaux jours devant lui...
La réalité, c'est aussi que les formes parfaites de Catenaccio sont rares!