Après les joies et les peines de la Coupe du monde, retour à la normale. Les entrainements. Les transferts. Le championnat. S’est-il passé, lors de la Coupe du monde, quoique ce soit qui bouleversera nos habitudes footballistiques ? Suite à la victoire de l’Espagne, les équipes vont-elles recruter des hobbits à tour de bras ? La vidéo va-t-elle faire son apparition ? Les grèves vont-elles se généraliser ? Il est temps de penser la transition.
La Coupe du monde a consacré, en les banalisant, les erreurs d’arbitrages. Mais contre toute attente (car on sait bien ce que j’en pense) j’ai un élan de tendresse pour les arbitres.
J’étais parti pour dire qu'ils avaient conforté, lors de la Coupe du monde, l’ensemble de la profession dans l’idée que le manque de courage était la norme : on peut faire le malin lorsqu’il s’agit de mettre des cartons jaunes débiles et complètement inappropriés (mon Dieu il a enlevé son maillot après avoir offert le Coupe du monde a son pays : carton jaune), mais lorsqu’il s’agit de mettre un carton téméraire (un rouge lors de cette même finale, au joueur hollandais de votre choix), c’est une autre paire de manche. J’étais donc parti pour dire, dans le contexte de cette transition, que le ton avait été donné, et que cette mentalité frileuse se déploierait.
Mais je pense désormais qu’il ne faut pas accabler les arbitres.
Car le point autour duquel va se jouer la transition, et la suite des événements, c’est sur l’état d’esprit des joueurs. Et pourquoi cela me pousse-t-il à sauvegarder les arbitres ? Parce que leur tâche est principalement compliquée par le mauvais état esprit des joueurs.
J'ai lu quelques bilans de la Coupe du monde, et je n'ai pas encore constaté que quelqu'un s'était plein de cela : le mauvais état d'esprit des joueurs dans leur ensemble (il faut dire que l'équipe de France a cristallisé toutes les critiques allant dans ce sens).
Mais il faut quand même le noter : cette Coupe du monde a failli voir triompher une équipe qui a pratiqué avec plaisir et entrain l’acte d’anti-jeu (Van Bommel en tête), et la simulation (Robben en tête). Heureusement, Casillas était là, privant les Pays-Bas de leur Coupe du monde, Robben de son ballon d’or, et moi d’une indigestion, voire d'une crise d'appendicite.
Trop de simulation (je choisis de m'arrêter sur ce cas), trop de volonté de truquer : les arbitres ne peuvent plus accorder la moindre confiance aux actuels footeux.
Lorsque des simulations sont explicites sur vidéos, le joueur devrait prendre vingt matchs de suspension. Là ça les calmerait, ou du moins, cela prouverait que la FIFA considère que la simulation est un fléau - ce qui ne serait pas rien (bien sûr je ne suis pas naïf, et je sais bien que la vidéo n’arrangera pas le problème majeur : l’exagération de la douleur).
Les formateurs, les entraîneurs ont leur responsabilité : tu simules, tu sors.
Un état d’esprit irréprochable, ce n’est pas une question de choix – mais d’éducation. Si on a "le choix", on choisira toujours de faire semblant de tomber, après avoir été bousculé, pour que l’autre prenne un rouge. Mais il ne faudrait pas que les joueurs de foot aient ce choix. "Ne pas avoir le choix", c’est-à-dire : il faudrait que la question ne se pose même pas.
Qu’il aille de soi qu’on ne simule pas. Parce qu’on a un amour propre, parce qu’on a un honneur.
Parce que quoiqu’il arrive, on veut d’abord rester debout. Parce qu’on a appris à faire les choses ainsi. Et qu’il n’y a pas débat.
En Italie, ils ont l'éducation inverse à celle que je préconise. Mais cette image inversée illustre ce que je veux dire : il n'y a pas "d'hésitation", on ne "choisit" pas de simuler, en Italie, on tombe tout naturellement, parce qu'on a appris comme ça, depuis tout petit, et tout le monde est content de gagner ainsi.
C'est leur football. C'est très bien, d'ailleurs, que chacun ait son football. Mais j'aimerais bien qu'en France on apprenne l'inverse.
Là, au moment où j'écris, en France on hésite : la simulation n'est pas encore la norme, c'est encore une question de choix, c'est une option, et de plus en plus de joueurs la prennent. Il est encore temps de dire stop (entre parenthèses, j'aimerais beaucoup savoir pourquoi, exactement, Deschamps avait laissé Valbuena et Ben Arfa de côté).
Après la Coupe du monde, "la suite des événements" dépendra de la façon dont on saura tirer des enseignements de cette Coupe du monde. La victoire de l’Espagne pousse à l’optimisme : l'équipe truqueuse a perdu.
Bien sûr, le foot ne va pas changer avec la victoire de l’Espagne. Mais si ce n’est le foot en général, pourquoi pas le foot français en particulier ? Au moins un peu?
Parce que le mauvais esprit a atteint son paroxysme avec l'équipe de France, on peut espérer que c'est par là qu'on commencera la réparation. Aussi entend-on, ici et là, qu’on va reprendre les jeunes footeux débiles en main. Leur enlever leur casque des oreilles, ce genre de trucs. Les centres de formation, les entraîneurs, le sélectionneur, semblent vouloir « tirer des leçons » de cette Coupe du monde.
Loin du jeu, loin des enjeux, la transition nécessaire concernera donc l’état d’esprit des joueurs.
Il y a du boulot.
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