Lundi 28 juin 2010 1 28 /06 /Juin /2010 13:00

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Il faut en reparler, parce qu’apparemment, Platini n’avait pas lu l’article que j’avais précédemment consacré à cette question. Certes, c’était un peu technique. J’y reviens désormais sur un autre ton.

Je sais bien qu’il y a des arguments pour refuser la vidéo. Je vais les passer en revue, mais ça ira très vite pour les critiquer, tellement ils sont peu crédibles.

 

Le refus de donner le pouvoir aux télévisions, qui vont se charger des captures vidéo, est l’argument le plus persistant. Mais les télévisions ont déjà pas mal de pouvoir, grâce à la diffusion des matchs… Cela irrite-t-il la FIFA ? J'en doute. Aujourd’hui, le foot a davantage besoin de la télé, que la télé du foot. Et d’ailleurs, de quel « pouvoir » s’agit-il ? On pourrait aussi renverser l’argument : il ne faut pas d’arbitre, parce que cela donne tout le pouvoir aux sites de paris en ligne qui peuvent les corrompre. Ce serait tout aussi vagument envisageable (et même crédible), et tout aussi débile d’en déduire qu’il faut interdire les arbitres.

Bref, c’est n’importe quoi.

 

Autre argument : le « temps perdu ». On a vu, hier, ce que ça donnait sans vidéo : encore plus de temps perdu. Et d’ailleurs, rien ne dit que la vidéo ferait perdre du temps. Au contraire, car voilà ce que chacun se dirait : « la vidéo l’a montré ? Alors Ok ». Plus de discussion. Du temps gagné. Pour l’arbitre, pour les joueurs, pour les spectateurs : on se reconcentrera vite fait sur le jeu.

 

Autre argument : le décalage monde professionnel / monde amateur. Alors ça, c’est le pompon. On devrait aussi demander aux pros de jouer sur des vieux terrains stabilisés. Et pourquoi les pros ils ont droit à un arbitre pro, hmm?

Les amateurs, on peut en être sûr, comprendront qu’ils n’ont pas droit aux mêmes conditions de jeu que les pros en coupe du monde. Et concernant le ballon, ils ne sont d’ailleurs pas près de se plaindre de ne pas avoir droit au Jubalani.

 

Autre argument – intéressant cette fois : la vidéo remplace l’homme. C’est intéressant, parce que cela s’intègre dans toute une tradition de refus et de peur de la technique, mais c’est toujours n’importe quoi. Je ne vois pas en quoi l’oreillette et le micro, qui relient les arbitres, seraient « moins » une assistance technique que la vidéo.

 

Dernier argument : les erreurs font partie du jeu.

Mais voilà pourquoi les erreurs sont vécues comme des injustices : parce qu’elles pourraient être évitées. Au nom de quelle philosophie du jeu persiste-t-on à entretenir des erreurs qui pourraient être corrigées ? Il fallait, dans ce cas, conserver les poteaux carrés, et les trous dans les filets.

Et de toute façon pas de souci : il restera des erreurs (il en reste au rugby).

 

Bref, tous ces arguments sont tellement creux, qu’ils ne peuvent relever que de la mauvaise foi.

 

Alors, pourquoi ?

 

Pourquoi certains persistent-ils à refuser toute forme de contribution de la vidéo ?

Principalement, à cause de peurs obsessionnelles. Peur de la technique, peur du capitalisme, peur du changement, peur de tout. La FIFA est frileuse : elle anticipe des catastrophes, et imagine toujours le pire pour empêcher que les choses puissent être améliorées.

On la connait, cette peur : c’est celle qui fait que tout progrès technique est accompagné de ses rumeurs (les ondes du micro-ondes vont tous nous tuer) et des ses anticipations affolées (au pensait, au début du 20e siècle, qu’à cause des voitures les hommes auraient rapidement les jambes complètement atrophiées et inutilisables). Ces peurs sont importantes : elles permettent de ne pas se lancer à l’aveugle dans le « progrès » ; ces peurs nous rendent attentifs à nos activités, elles nous aident à avoir du recul sur notre « évolution ».

 

Mais voici comment il faut considérer les choses : la question n’est pas de savoir « quand » il faut avoir peur ou non, mais de savoir « comment » avoir peur. Parce qu’il y a plusieurs attitudes, exactement comme dans le règne animal : certaines peurs font fuir, et d’autres immobilisent. D’autres font aller au combat. Mais si les animaux ont des réflexes instinctifs, nous autres, en revanche, on peut se demander comment avoir peur.

Et là, alors que la peur des abus (peur qu'en soi je ne condamne pas) devrait nous rendre simplement vigilants, voilà qu’elle pétrifie. Les gars de la FIFA, Platoche en tête, ont peur, et restent donc cloués sur place. Ils ne font rien, si ce n’est dire des conneries, comme pour gagner du temps.

 

Si encore ils employaient les bons arguments ! Car il y en a !

Le problème, c’est que si le débat n’est pas intéressant, ce sont les agacements qui l’emportent. Et les agacements font faire des bêtises. Ils font croire qu’on peut tout arbitrer avec la vidéo, qu’elle est la solution ultime.

Or, ce n’est pas le cas.

Soyons honnête. Italie – Slovaquie : but ou pas but lors du sauvetage sur la ligne ? Hors-jeu ou pas hors-jeu ? Impossible à garantir.

Donc la première chose qu’il faut comprendre, c’est qu’une image n’est pas toujours impeccable, et elle n’est pas toujours incontestable.

Il y a même des contextes ou elle est toujours contestable : par exemple, le choc entre le gardien et le joueur dans la surface. Le supporter des bleus verra dans le « contact » entre le gardien et le joueur la « preuve » qu’il y avait péno, tandis que le supporter des rouges dira : il s’est laissé tomber, il en a rajouté, s’il n’avait pas voulu tomber il serait resté debout.

Bref : une image doit toujours être lue, c’est-à-dire interprétée.


La question à se poser, c’est alors : quand est-ce que la vidéo est le meilleur outil pour nous aider à interpréter le jeu ? Pour le choc d’un contact, l’arbitre est sans doute mieux placé, sur le terrain, que derrière un écran vidéo qui aplatit la réalité.

De même, la question de la main « intentionnelle » n’est pas nécessairement facilitée par la vidéo.

Un départ à la limite du hors-jeu ? Pas évident. Hier, pour annuler le but de Tevez, il n’était pas nécessaire de recourir à la vidéo : il suffisait… d’un arbitre de touche.

 

Il y a donc nécessité de débattre. En attendant, ceux qui pensent que tout sera réglé par la vidéo ont tort, et ceux qui sont contre la vidéo ont tort.

 

La vidéo a déjà intégré le monde du foot. Les arbitres, entraineurs, joueurs, voient les images à la mi-temps et au terme des matchs (les arbitres doivent même faire un compte-rendu après visionnage). Il y a eu, aussi, l’expulsion de Zidane. Il y a des sanctions rectifiées après visionnage.

 

Mais il est temps d’aller plus loin. D’intégrer la vidéo dans le cours du jeu. Officiellement.

Non pas naïvement. Conservons un peu de peur. Mais la bonne peur. Intégrons la vidéo… avec pécaution.

Pour une première chose. Savoir si un ballon a franchi la ligne.

 

Je ne vois pas pourquoi on ne ferait pas appel à la vidéo pour cela.

Commençons par ça, pour plusieurs raisons : d’abord, la réponse est oui ou non (il n’y a pas à se demander à quel point la faute est grave, ou la main préméditée, et autres choses floues et nuancées) ; ensuite, la conséquence est terrible et immédiate : but, ou pas but ; enfin, l’image est, dans la plupart des cas, facilement lisible.

A partir de là, on verra si la télé prend le pouvoir, si on perd du temps, si les arbitres perdent de l’autorité, etc.

 

J’entends déjà Platini me dire : « Et le sauvetage sur la ligne contre l’Italie ? Hmm ? Ah ah ! Tu en as parlé toi-même » (Platini me tutoie). Et moi je lui répondrai : « Ecoutez Michel (je persisterai à le vouvoyer, pour bien lui signifier que moi je garde mon sang-froid), d’un côté vous dîtes que les erreurs font partie du jeu, et d’un autre, vous utilisez l’argument des erreurs persistantes pour décrédibiliser la vidéo ». Là il bafouillera, et ce sera le moment d’en remettre une couche : « Par ailleurs, derrière les images, il restera « l’humain » auquel vous tenez tant – un arbitre qui interprétera les images. Et Michel, un peu de bonne foi : quel pourcentage d’image est ambigu, concernant la question de savoir si le ballon a franchi la ligne ou pas ? Et puis soyons sérieux : si on valide la vidéo pour cette question, on fera en sorte de bien positionner les caméras ».

 

La morale de cette histoire pourrait être : « quand on veut, on peut ». Mais en y réfléchissant bien, c’est le contraire : « quand on peut, on veut ». Là, on peut réduire les erreurs d’arbitrage : on le peut techniquement, on le peut moralement, et on le peut facilement.

Si donc on peut donc s’attaquer à cette première injustice – montrer que le ballon a franchi la ligne – bien évidemment, qu’on le veut.

Le plus tôt sera le mieux.

Par g.?uan - Publié dans : L'arbitrage - Communauté : Parlons Football, librement!
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Commentaires

Sympa la photo. Mais je pense que les Allemands étaient trop fort sur ce match et que les Anglais, même avec ce but, se seraient inclinés. C'est un peu le point sur lequel insiste la presse anglaise.
Il est amusant d'ailleurs de voir que ce match suscite presque plus de polémique en France qu'en Angleterre. 

Commentaire n°1 posté par Karim Hameg le 29/06/2010 à 02h01

Merci, mais... j'ai trouvé la photo sur directfoot.fr. Malheureusement l'idée n'est pas de moi. Cela dit, si j'avais trouvé une photo non retouchée, j'aurais préféré. Quant à la réaction en Angleterre, je ne sais pas ce qu'elle est, mais je pense en revanche à ce que doivent se dire les joueurs...

"Et si..."

Réponse de deux pieds décollés le 30/06/2010 à 09h15

LA PEUR DE LA VIDEO , ou plutôt la frilosité de tous ces "REAC" ancrés dans leurs idées ancestrales..PLATOCHE en tête..

A l'heure ou nous avons des images de MARS , VENUS , et du SOLEIL , comment peut-on encore s'entêter a nier le salut qu'elle représente pour le corps arbitral et le jeu et qui permettrait de mettre un terme a toutes ces palabres interminables..La vidéo est un atout incontestable de fait..

Il suffit d'ingérer 1 capsule caméra pour visualiser tout l'intérieur du corps humain , la physique QUANTIQUE nous montre l'infiniment petit , OBLE l'infiniment loin..Peut-on envisager de se passer d'une coloscopie pour revenir au "toucher rectal" ??? Faut-il construire de plus grands stades pour accueillir plus de spectateurs et faire l'impasse sur les retransmissions TV et se brancher sur RMC sport pour suivre les matchs ??? Quoique cela nous éviterait la torture d'un CRICRI JEAN-PIERRE au commentaire..

Plus sérieusement , devant toutes ces dérives , trop souvent pénalisantes ,il est vraiment temps de se servir de ce formidable outil qu'est la vidéo et que le foot moderne demande indiscutablement..

Messieurs les irréductibles , PLAY OR EJECT , NOW..

Commentaire n°2 posté par BABOUN le 30/06/2010 à 00h08

"Se passer d'une coloscopie pour revenir au toucher rectal"... Alors ça c'est génial

Réponse de deux pieds décollés le 30/06/2010 à 09h15

Des avis contradictoires sinon, ici et ici.

Commentaire n°3 posté par Karim Hameg le 30/06/2010 à 01h25

Ce ne sont pas spécialement des avis contradictoires. J'ai toujours pensé, je l'ai écrit dès le 4e article de ce blog, qu'il fallait un usage lucide de la vidéo. C'est-à-dire : pas pour tout. Ce que je pense, c'est que la Coupe du monde est un événement spécial, qu'il doit être irréprochable. C'est bien cette mentalité qui pousse la FIFA à choisir les meilleurs arbitres, à sortir des nouveaux ballons, et à encourager certaines sanctions arbitrales. Pour faire progresser le football. Pour avoir les meileurs conditions de jeu. Peu importe que cela n'arrive qu'une fois ou deux, qu'un but soit refusé pour franchissement de ligne. Un coup de boule en finale, ça n'est arrivé qu'une fois. N'a-t-on pas utilisé la vidéo?

Des arbitres de surface? Pourquoi pas. Ce serait bien la preuve qu'on reconnait qu'il y a un problème, et qu'on peut essayer de l'améliorer. Quant à l'article des Cahiers du foot, je m'en vais, s'il est possible, lui répondre direct... Cette histoire d'Echo à 66 est insupportable. Comme si l'histoire avait un "sens". Reflexion rétrospective. Illusion. On va envahir l'Allemagne, et on va leur dire que c'est bien fait pour eux.

Réponse de deux pieds décollés le 30/06/2010 à 09h27

Pour mon avis sur la vidéo j'ai répondu à ton commentaire.
Sinon tu n'as peut être pas compris ce que les Cahiers du Football voulaient dire. Je pense qu'ils voulaient dire qu'au delà de cette erreur d'arbitrage il y avait un joli match de foot à regarder. Et l'écho c'est plus histoire de dire que ça a pu profiter un jour aux anglais et que maintenant ça leur est défavorable plutôt que de parler de vengeance. 

Commentaire n°4 posté par Karim Hameg le 03/07/2010 à 02h38

Oui, j'ai vu ta réponse. Je ne suis pas trop pour un nombre limité de requêtes, je pense qu'on doit tester la vidéo pour le franchissage de ligne, dans les compétitions internationales, et pour sanctionner ou corrigeraprès le match les erreurs d'arbitrages liées à des simulations flagrantes. Pas d'autre usage dans l'immédiat.

Concernant l'article des cahiers, je l'avais bien compris. Mais d'une part, personellement, ça m'a gâché le match, alors que je n'étais pas plus que ça pour les Anglais, et d'autre part, cet histoire d'écho à 66, sans parler de vengeance, restait chez l'auteur des Cahiers une justification de l'erreur - et je trouve cela absurde, car ça signifie que si l'erreur avait été faite sur un France - Brésil, ou n'importe quel autre match non entaché d'une erreur par le passé, elle aurait été plus condamnable...

Réponse de deux pieds décollés le 03/07/2010 à 09h52

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