Vendredi 25 juin 2010 5 25 /06 /Juin /2010 13:51

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Une fable de La Fontaine, pour commencer. Livre V, fable 12. L'illustration est de Gustave Doré.

 

Les médecins

 

Le médecin Tant-Pis allait voir un Malade

Que visitait aussi son Confrère Tant-Mieux.

Ce dernier espérait, quoique son Camarade

Soutînt que le Gisant irait voir ses aïeux.

Tout deux s’étant trouvés différents pour la cure,

Leur Malade paya le tribut à la Nature,

Après qu’en ses conseils Tant-Pis eut été cru.

Ils triomphaient encor sur cette maladie.

L’un disait : Il est mort, je l’avais bien prévu.

S’il m’eût cru, disait l’autre, il serait plein de vie.

 

La Fontaine

 

 

Le fait que le Malade meurt donne-t-il raison au Médecin Tant-pis ? C’est une des questions posées par la Fable. N’est-ce pas parce qu’on a donné raison au point de vue pessimiste que son partisan l’a emporté ?

Autrement dit : si on avait cru le Médecin optimiste, le Malade n’aurait-il pas trouvé des arguments pour faire l’effort de survivre, et n’y serait-il pas parvenu ?

C’est ce dont débattent encore les deux médecins.

 

J’ai longtemps lu dans cette fable une application de la prophétie auto-réalisatrice : la prophétie se réalise parce qu’on y croit. Ainsi, le Malade meurt parce qu’il a cru au diagnostic qui annonçait sa mort ; mais s’il avait cru qu’il allait vivre, eh bien il vivrait.

 

Il y a de nombreuses prophéties auto-réalisatrices dans les échanges boursiers : si une prophétie est crue (par exemple, une monnaie qui sera forte), alors son cours va monter, et elle sera forte. Pourquoi n’y aurait-il pas de prophétie auto-réalisatrice dans le foot ? Il y en a : pour gagner, il faut déjà y croire. Parfois, aussi, des transferts sont réalisés simplement parce que certains ont lancé une rumeur, prophétisant un transfert, et ont donné envie aux joueurs et clubs concernés d’y croire.

 

Domenech a voulu jouer au Médecin Tant-mieux.

Il a persisté à dire que tout allait bien.

Il a voulu nous empêcher de constater que tout n’allait pas bien.

Mais il connait mal la prophétie auto-réalisatrice : ce n’est pas une chose légère ni superficielle, il ne suffit pas de croire ou de ne pas croire, comme ça, comme si c’était une banale décision – non, il faut des motifs profonds, des espoirs sincères, des arguments valables.

Il ne suffit pas de dire : "j'ai vu des choses intéressante dans cette mi-temps, les joueurs ont essayé, il s'est passé quelque chose" pour faire croire aux spectateurs qu'ils ont vu une équipe de France intéressante.

 

Œdipe croit à la prophétie, le conduisant à tuer ses parents, parce qu’elle venait d’Apollon, ce qui n'est pas rien. Dans les échanges boursiers, croire en la valeur d’une monnaie ou d’une entreprise n’est jamais complètement hasardeux, il y a des raisons économiques fiables ; et en médecine, l’effet d’un placebo fonctionne grâce à la prise effective d’un « médicament », et sur la confiance qu’on peut légitimement accorder à qui a l’autorité pour en prescrire.

 

Or, concernant l’équipe de France, il n’y avait rien.

Candide me prenant pour Cassandre, j’ai moi-même bien essayé d’y croire, je le concède et je m'en excuse presque, j'y ai cru parce que je n'ai pas voulu envisager que les joueurs ne se mobiliseraient pas. Je n’ai pas supposé qu’ils ne feraient pas face à leur responsabilité. Et puis, le souvenir de 2006.

J’ai eu tort.

 

Mais comment Domenech, connaissant l’état de son équipe, l’état d’esprit de sa sélection, a-t-il pu jouer au médecin Tant-mieux ? Il s’est bien foutu de notre gueule.

« Je vais bien, tout va bien, je suis gai, tout me plait ». Il y a tout Raymond dans le sketch de Dany Boon, Le déprimé (et notamment, la technique dite du j’t’emmerde).

 

Ce flagrant délit de mauvaise foi de Domenech nous conduit à une seconde lecture de la Fable de la Fontaine (qui semble être, en regardant bien l'illustration, celle de Gustave Doré).

Voici quel est sans doute le sens le plus profond de cette fable : l’orgueil, la prétention, l’irresponsabilité, et non l’éthique médicale, opposent les médecins. Le patient est un prétexte pour savoir qui a raison.

 

Domenech, l’Equipe, tout le monde, en fait – sauf vous et moi – ne statuait sur le cas du patient (l’équipe de France) que pour savoir qui aurait raison.

Et comme dans la Fable, la mort du patient ne clôt pas le débat : le voilà au contraire qui redouble d’intensité. Et toujours dans le même état d’esprit : non pas pour diagnostiquer, mais pour polémiquer.

 

L’autopsie va être très longue. Trop de maladies ont attaqué le corps, dont il semblerait que la plupart des membres aient été contaminés.

La première chose à faire, pour l’autopsie, c’est de bien nettoyer le corps.

Barre-toi, Escalettes.

Par g.?uan - Publié dans : COUPE DU MONDE! - Communauté : FOOTBALL
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