Coca a lancé, lors de la dernière Coupe du monde, un concours de célébration de but. Tout le monde s’en est foutu, parce que les équipes qui ont marqué (l’Allemagne, au premier chef) sont des équipes sérieuses, heureuses de marquer tout simplement, et qui ne se fourvoient pas dans ce genre d’ignominies.
Ce ne sont pas les joueurs sérieux, ce sont les starlettes qui ont un « truc » pour fêter leur but.
Comment peut-on en venir à célébrer son but ? Ça a commencé, vraisemblablement, à se populariser avec un geste spontané, celui de Roger Milla dansant devant le poteau de Corner. Il y a eu Bebeto, aussi, mimant le mouvement pour bercer un enfant, afin de fêter la naissance du sien.
Et progressivement, tout s’est emballé.
On n’a rien vu venir.
Pourtant même dans le championnat de France les signes étaient manifestes.
La pagaie de Vahirua.
Les bandelettes de Maoulida.
Et maintenant ça y est, les joueurs se sont complètement enflammés – ils veulent se donner un « style ». Ils « signent » leur but. Sans qu’il y ait quoique ce soit de spontané.
De l’artifice, de l’esbroufe.
Pour faire image : la danse de Milla c’était comme une coupe de cheveux négligée – tandis que les buteurs d’aujourd’hui mettent du gel « Out of Bed ».
Célébrer son but, ce n’est pas seulement être avant tout content pour soi-même (premier scandale), c’est croire que l’originalité, la singularité, se joue à ce genre de choses : à la signature, à l’autographe (deuxième scandale).
Ces mecs se prennent très précisément pour Zorro.
On assiste de plus en plus à des célébrations préparées, mises en scènes, élaborées. A ma connaissance, la pire du championnat de France est celle de Taiwo et M’Bia.
« Oh, mais c’est rien… C’est sympa, c’est ludique… ». J’entends déjà les critiques.
Ok, c’est peut-être rien. Mais si, l’air de rien justement, il se passait quelque chose de grave ? Le jour où l’on verra un attaquant (par exemple C.Ronaldo) porter le short taille basse, pour qu’apparaisse le boxer Dolce Gabbana, je change de sport.
Aussi je crois que mon soupçon est fondé. Et de fait, pendant la Coupe du monde, il s’est passé ça :
« Mais cours te replacer, sale con », que j’aurais dit, si j’avais été content qu’il marque. « T’es encore éliminé, espèce d’abruti ».
C’est grave, cette célébration, car cela prouve que la nécessité de célébrer a été complètement assimilée. Elle n’est conditionnée ou remise en cause par aucune circonstance.
Pour conclure, il faut dire à Luca Toni, qui a popularisé ce geste du fou, que ce n’est pas pour rire, quand on lui dit qu’il est fou. Ce n’est pas pour dire « c’est un ouf ce Luca ». Non, il est juste fou – genre il est bête, quoi. Il est débile. Il est pote avec Ribéry, d’ailleurs.
Et à ceux qui sucent leur pouce, à Anelka qui fait l’oiseau, à ceux qui cirent les pompes, qui font la chenille, bref à tous ceux qui célèbrent leur but de manière systématique et artificielle, il n’y a qu’une chose à dire : il suffit.
Post-scriptum : Par "célébration des buts", j'entends bien évidemment les célabrations mises en scènes, élaborées - les "signatures". Les manifestations de joie spontanées, individuelles ou collectives, ne me posent évidemment aucun problème. Seul un arbitre de foot typique et premier degré a pu mettre un carton a Iniesta lorsqu'il enleva son maillot après avoir marqué à la 119e en finale de la Coupe du monde.