En moyenne, 7,3 millions de personnes ont regardé la finale de hand dimanche. Le pic d’audience a été atteint pendant les prolongations
: 12 millions de personnes (dont 2,5 sur canal+, c’est-à-dire presque 1 million de plus que le dimanche soir devant la ligue 1) ont eu peur pour les bleus, avant d’être définitivement fières de
leur équipe nationale, pleine de sportifs performants, accessibles, pas trop payés, qui ont des valeurs et un bon vieux maillot à trois bandes.
Fallait-il qu’on gagne en hand pour exiger la médiatisation de ce sport ? Si la France était bidon, on pourrait se dispenser de le passer à la télé ? Quel chauvinisme. Je comprends bien sûr que les résultats aient leur influence sur la médiatisation d’un sport – mais enfin, à quand remonte le dernier vainqueur du tour de France ? Le dernier vainqueur français d’un tournoi du grand chelem ?
Pour qu'un sport trouve son public régulièrement, il faut plus que des victoires et il faut plus que la décision opportuniste de médiatiser. Il faut que les Français aiment suivre un sport. Suivre ce n'est pas seulement être là quand ça passe à la télé. C'est se taper le championnat, en débattre, perdre au Lotofoot. C'est polémiquer. C'est regretter d'être invité à un anniversaire un soir de demi-finale de ligue des champions.
Je serais curieux de savoir quel pourcentage de téléspectateurs se seraient trompés si on leur avait demandé, à la fin du match, dimanche : combien y a-t-il de joueurs par équipe sur un terrain de hand?
Sans doute, les Français sont contrariés par les caprices des footeux, le business qu'il incarne - mais c'est au foot qu'ils jouent le lundi soir, parce que c'est au foot qu'ils jouaient en bas de l'immeuble, parce que leur père et leurs potes à l'école jouaient au foot. La faute aux médias qui pourraient décider que cela se passe autrement? Cela n'est pas si simple.
Les Français et le sport
Lors de la dernière grande enquête statistique disponible sur le site du ministère de Chantal, 53% des Français de 15 ans et plus ont déclaré pratiquer un sport au moins une fois par semaine. 29% de Français reconnaissent qu’ils ne font aucun sport. Jamais. Même pas du Velib’ pour aller bosser. Rien. Ils pensent que manger / bouger c'est comme boire ou conduire.
Quels sont les sports pratiqués (même occasionnellement) par les Français ? J’étais loin du compte en supposant que c’était la course à pied. Celle-ci n’arrive qu’en 5e position – au terme d’un quinté dont voici l’ordre étonnant :
- Vélo
- Natation, plongée
- Pétanque, billard
- Randonnée pédestre
- Course à pied, footing, athlétisme
L’association « natation-plongée », passe encore, mais… La pétanque a-t-elle la moindre ressemblance avec le billard ? Il y a des boules… Et... Et c’est tout. Au bowling aussi, il y a des boules. Il ne s’agit ni des mêmes personnes, ni du même esprit – en fait, il serait difficile de trouver deux activités qui ont moins de rapports que la pétanque et le billard, si ce n’est qu’à l’un ou l’autre je vous défie tous et celui qui me bat remporte un T-shirt deux pieds décollés.
18 millions de Français font au moins un peu de vélo par an. Le foot est 11e (derrière le ski, la gym, la randonnée, la pêche, le trio tennis de table/badminton/squash, mais aussi derrière la gymnastique) : 4 millions de personnes ont joué au foot au cours de l’année 2008. Alors pourquoi le foot est-il si médiatique?
Pour trouver le foot (et le hand) en très bonne place, il faut aller voir un tableau plus pertinent : celui qui nous renseigne sur le nombre de licenciés par fédération. Là il n’est plus question de la balade en vélo du dimanche, ou du ping pong chez le voisin. Avec le nombre de licenciés on a une photographie de la pratique sportive dans ce qu’elle a de plus exigent – le travail continu, l’entrainement et la compétition, l’implication réelle et l’attachement effectif au sport.
Dès lors il doit y avoir, peut-être, un rapport entre la médiatisation du foot et le fait qu’il est en France le sport qui compte le plus de licenciés (plus de 2,3 millions) - et peut-être, aussi, avec le fait qu'il est le sport qui compte le plus de licenciés au monde. Ce rapport est-il un rapport de cause à effet ? Et si oui, dans quel sens? Le foot passe à la télé DONC on aime? On aime le foot DONC il passe à la télé?
Les médias médiatisent
L’intérêt pour le foot n’est pas superficiellement solidaire de la grille des programmes. Ce ne sont pas TF1 et Canal qui à eux seuls décident que le foot c’est cool tandis que le Hand resterait dans une indifférence illégitime, à l’abri des leçons de la ministre sans doute, mais condamné à galérer pour trouver des sponsors. Les médias accompagnent - ils ont moins tendance à diriger qu'à être en retard. Ils sont trop opportunistes pour ne pas être à l'écoute des mouvements réels d'une société. Grâce à cette nouvelle victoire française, ils comprennent finalement qu'il existe un intérêt pour ce sport, qui comptait déjà 370.000 licenciés en 2008, ils relayent enfin qu'il faut des stades dignes de ce nom.
Je ne dis pas que les médias n'ont pas leur part d'influence – je dis simplement que leur action s'intègre dans une organisation sociale complexe. L’attachement à un sport est une chose profonde, encrée. Il est causé par mille raisons. Qu’il soit médiatique ou non, le football est davantage praticable dans la cour d’un immeuble ou d’une école que le tennis ou le hand. Les médias développent, voire provoquent des transformations dans une société, mais nous ne sommes pas les victimes passives d’un système médiatique qui aurait la main mise sur nos tristes vies. L'actualité c'est eux qui en vivent, mais c'est nous qui la vivons.
La finale était passionnante, dimanche : ce sport rejoindra bientôt le rang des sports ultras sponsorisés, avec des joueurs beaucoup trop payés et des arbitres contestés dans des ambiances surchauffées, qu’on ne s’inquiète pas.
300.000 personnes pratiquent le rugby (sport pourtant bien plus médiatique que le hand, mais à qui on ne le reproche pas, vraisemblablement parce qu'il lui reste quelques "valeurs") ; le tennis, qui a plus d'un million de licenciés – dont un tiers de féminines, comme le Hand – semble avoir une médiatisation cohérente.
Mais où est, à la télé, l’équitation, 3e fédération en nombre de licenciés (juste devant le judo) ?
Si les enquêteurs avaient réuni « équitation-PMU », elle serait loin devant.
Source image : http://ownednfail.com/tag/handball/
Ceux qui veulent développer la réflexion doivent aussi lire ça : http://le-ballon-de-derriere.over-blog.com/article-que-ce-n-est-pas-la-meme-chose-contre-la-morgue-future-d-esprits-trop-bien-intentionnes-66115377.html
Non il ne faudrait pas une plus grande médiatisation pour tous ces sports ! Le foot reste le plus mediatisé et c'est normal au final. Personne ne suivrait la "champions league" (je sais pas comment elle s'appelle) de hand ou bien le championnat de hockey sur glace... Mais par contre ils pourraient médiatiser et retransmettre tout ce qui concerne notre équipe nationale dans n'importe quel sport, plutôt que de nous faire bouffer du foot, du rugby et du rolland garros à longueur de temps. Parce que même si les gens ne comprennent pas grand chose aux règles du hand ou ne s'interesse pas vraiment à l'escrime, voir la France dans des compétitions donne toujours du plaisir et ravive le patriotisme !
Merci pour la publicité !
Le "ministère de Chantal", qu'est-ce que c'est mignon !
Deux pistes de réflexion inexplorées : le rythme et l'individualisation comme conditions nécessaires à la médiatisation (et non l'inverse). Il me semble que la plupart des téléspectateurs n'allument pas leur télé pour voir du foot, du rugby ou du tennis, mais pour voir telle équipe qui ne les intéresse que parce qu'y jouent tel et tel joueurs (exception faite des finales de coupe du monde, naturellement, où l'enjeu dépasse les joueurs). Le problème du handball, à mon sens, est qu'il ne permet pas assez l'identification des joueurs, et ainsi empêche l'identification du spectateur au joueur. Question de rythme : trop de changements, jeu concentré sur les surfaces de but - trop de joueurs sur une trop petite surface, etc. Le rugby, me direz-vous, fait la part belle à la mêlée ; oui, mais le spectateur ne retient les noms que des numéros 9 à 15 (sauf si le 8 est un chevelu à barbe à faire trembler publicitaires et embourgeoisées).