Lundi 30 août 2010 1 30 /08 /Août /2010 14:36

 

 

 

Nouvelle rubrique aux Deux pieds décollés, baptisée "au pied de la lettre" : il s'agira de critiques littéraires.

 

 

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Olivier Pourriol, Eloge du mauvais geste, Nil Editions, 13,50 euros.

 

 

Sans élitisme, sans esbroufe, Olivier Pourriol a entrepris l'examen de six « mauvais gestes » fameux de l’histoire du football. Le coup de tête de Zidane, les mains de Maradona et d’Henry, le mawashi-geri de Canto, l’agression de Schumacher et enfin, la célébration du but par Platini, après le drame du Heysel (pour mémoire : 39 morts juste avant le coup d’envoi du match dans les tribunes, suite aux guerres de supporters – le match fut maintenu).

 

Les analyses proposent de sonder les motivations – et peut-être, les légitimités ? – d’un mauvais geste. Et même, parfois, leur beauté. 

 

Le mauvais geste est « un moment de vérité, qu’il ne faut pas juger, mais chercher à comprendre » : le travail d’investigation est complet, et les interprétations sont subtiles et pertinentes. Chaque match, chaque contexte, chaque histoire possède des caractéristiques singulières, des ambiguïtés profondes, une dimension tragique, que l’auteur expose avec brio. Les gestes, mais aussi les explications (sur lesquelles s’arrête toujours Pourriol) des joueurs concernés.

Voici par exemple cette déclaration de Platini à un journaliste :

_ Je vais vous dire une chose terrible : à Bruxelles, je n’ai jamais pensé aux morts.

_ Parce que vous ne saviez pas ?

_ Si, je savais.

 

Le titre du livre est cependant trompeur : l’éloge n’est pas systématique, et il n’est d’ailleurs pas du tout la finalité du bouquin. « Le mauvais geste, personne ne s’y attend, pas même celui qui l’a commis » : le point de départ, c’est la spontanéité du geste, l’absence totale de lucidité ; et le but de l’ouvrage, c’est de traquer ce qui a pu passer par la tête de ces mecs.

 

Si Pourriol fait cet effort, c’est parce qu’il est animé d’une étrange intuition :

« Berlin, stade Olympique, 9 juillet 2006. Finale de la Coupe du Monde de football. Le jeu s’arrête.

Zinédine Zidane vient de commettre l’irréparable, et il le sait.

Il a frappé un homme sous les yeux du monde entier. Un mauvais geste. Mais chacun sent au fond de lui qu’il y a de la grandeur là-dedans. »

C’est cela que Pourriol veut comprendre : cette potentielle grandeur, ou du moins, cette étrange solennité du mauvais geste.

 

« Lorsqu’on est pris la main dans le sac, comment nier ? », s’interroge-t-il concernant Henry, et son étrange incapacité à assumer ses mains puis son arrogante célébration – ce qui l’oppose radicalement au Maradona triomphaliste et enthousiaste (étymologiquement : possédé des dieux) après le match.

 

« On peut se faire insulter sur le terrain, ça fait même peut-être partie du jeu, mais quand on ne joue plus, pourquoi ne pas réagir en homme ? », demande Pourriol à propos de l'agression de Canto (qui, souvenez-vous, venait de prendre un rouge, légitime et accepté sans rechigner).

 

Bref : philosophe, Pourriol a l’art de poser les bonnes questions.

 

Une fois la lecture achevée, on a un regard plus aiguisé : on est désormais pourvu d’une sorte de grille d’analyse personnelle, on a des repères, des références, des concepts pour appréhender tous les mauvais gestes qui se présenteront après ces six-là. La main de Suarez contre le Ghana en Coupe du Monde, les déclarations qui ont suivi, le fait qu’il n’ait eu qu’un match de suspension : tout cela fait un cas d’étude intéressant. Fort de la lecture de l’ Eloge du mauvais geste, je puis affirmer que ce joueur est aussi pathétique que le journal L’Equipe, qui titra au lendemain de France – Irlande, « la main de dieu ».

 

On ne sait plus trop si le livre utilise le foot pour parler du mauvais geste, ou s’il exploite le mauvais geste pour parler du foot. C’est sans doute parce que Pourriol parle tout simplement de cet étrange monstre qui a besoin du divertissement pour vivre : L’éloge du mauvais geste parle de « la dualité de l’homme » (Cf. Full Metal Jacket).

 « D’abord je suis une personne, ensuite je suis un joueur », avait expliqué Cantona.

 

Par deux pieds décollés - Publié dans : Au pied de la lettre - Communauté : Autour du Sport
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Commentaires

M'a l'air pas mal ce bouquin, je vais peut être me l'acheter ;)

Commentaire n°1 posté par Rambo le 04/09/2010 à 19h10

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