Ceci n’est pas une Allemande au sens où on l’entend au foot.
L’Allemande, c’est un jeu de quand on était gosse, et qu’il n’y avait qu’une cage.
« On s’fait une Allemande ? »
Souvenez-vous :
Un mec est gardien, et les autres se font des passes, des centres, ils sont tous ensemble, et de temps en temps il y en a un qui tire, afin d’allumer le gardien, et de marquer si possible.
Les règles sont les suivantes :
Tout le monde commence avec 20 points (21 pour le premier gardien). On n’a le droit de marquer qu’en reprise de volée, ou à la rigueur après un bel amorti – mais toujours, quoiqu’il en soit, avant qu’il y ait eu un rebond. On va aux cages quand on n’a pas cadré, ou si le gardien bloque la frappe (la repousser seulement ne suffit pas).
Et chaque fois qu’on prend un but, on perd un certain nombre de points (fonction de la beauté du but, et/ou de la zone de frappe, de la distance, de si le gardien a touché le ballon ou pas – les règles varient selon les régions de France). Le premier qui est descendu à 0 point se met de dos devant le but, et tout le monde l’allume sans qu’il bouge.
C’est cool, non ?
Les tempéraments des mecs sont révélés par l’Allemande : il y a toujours le lâche, qui n’ose jamais prendre les frappes, mais qui en revanche allume comme un porc le mec qui a perdu ; il y a celui qui n’en met pas une, et l’autre qui les met toutes ; il y a celui qui a peur du ballon, et celui qui a peur des autres. Et puis il y a celui qui est toujours cul-rouge, évidemment. On le connait avant même la fin de la partie, en principe : c’est celui qui rechignait à jouer.
Maintenant, la question doit être posée. Pourquoi ce jeu s’appelle-t-il « l’Allemande » ? Sont-elles plus allumeuses que les autres ? Faut-il diagnostiquer un résidu de ressentiment envers ce peuple ? Ce jeu a-t-il envahi la France en passant par la Belgique ?
Sans déconner, pourquoi « l’Allemande » ? La question est trop complexe : même en y allant les deux pieds décollés, c’est trop haut perché.
Parce que l’Américaine, en revanche, c’est intelligible, c’est même absolument légitime, comme nom. Jugez plutôt :
Quand on joue à l’Américaine, il y a un mec aux cages, il dégage le ballon très loin, et c’est chacun pour soi.
C’est la compèt’, quoi. L’individualisme.
Et souvent, t’as un type (genre moi) qui a dribblé 4 mecs à lui tout seul, et t’as un type (genre Didier) qui attendait, là, en renard, et qui récupère le ballon poussé nécessairement un peu loin après le 4e dribble, et qui est donc déjà tout près des cages, et qui tire, et qui marque, évidemment.
Il se qualifie alors pour le tour suivant. L’Américaine c’est comme Questions pour un champion : on se qualifie un par un, à chaque tour un mec sort, et ce jusqu’au duel final.
Mais en principe, dès le second tour on a intégré la règle suivante : « eh les gars, quand on récupère le ballon... il faut repartir de derrière sinon c’est pas du jeu ».