La une de l’Equipe du 7 novembre (le titre « Paris Sans Génie » servait d’ancrage à une photo de Pastore) a fait parler. Je suis certes bien content que Paris soit sans génie, mais était-ce l’information à mettre en une ? Bordeaux - PSG : match nul. Le fait n'était-il pas que le PSG conserve trois solides points d’avance sur le second, et qu’il parvient à prendre un point même en jouant mal ? On a finalement opté pour la polémique. Les mecs étaient sans doute ravis du jeu de mot.
Au Parisien on a la même attitude : celle de supporters grincheux qui se déguisent, avec la couverture de la critique cinglante, en spectateurs objectifs, qui ont l’impression de mieux faire leur métier en formulant des remarques négatives. Voici leur équation :
Journalistes = spécialistes = exigeants = pas contents.
En d’autres termes, ils veulent en avoir pour leur argent – voir un Pastore génial à chaque match, et trois buts d’écarts si possible. La question n'est pas : parce qu'ils sont pour Paris, ou parce qu'ils ne sont pas pour Paris? La question est : un journaliste doit-il « vouloir » quelque chose ?
Ceux de L’Equipe s’apparentent davantage à des critiques (avec leur note et leur ton) qu’à des journalistes dont la noble mission et de médiatiser. Bien sûr, je sais bien que l’avis d’un journaliste n’est jamais la pure vérité – mais faut-il renoncer à l’effort d’objectivité ? A force de déguiser ses jugements en description, de ne plus réellement distinguer l’un et l’autre, on nuit et au journalisme, et à l’exercice critique. Car si encore ils assumaient l’option critique ! L’avis argumenté, visant à emporter l’adhésion du lecteur ! On ne dirait rien ! Mais trop lâches pour critiquer effectivement, et trop laxistes pour s’appliquer à médiatiser des faits en faisant l’effort d’abstraction des motivations personnelles, les journalistes ne font que… « communiquer ». Mi-description, mi-jugement. Pour n’avoir à répondre de rien.
_ Quel est votre avis ?
_ Ah mais je suis journaliste, je n’ai pas d’avis.
_ Mais là, tout de même, c’est très subjectif.
_ La liberté d’opinion, Monsieur !
Avec des notes sur 10, que tous les joueurs veulent connaître le soir même – comme à l’école.
J’ai proposé à mes étudiants (bacheliers, sélectionnés sur dossier, inscrits en école d’arts numériques) de faire la critique nécessairement positive du film de leur choix. Indépendamment de ceux qui ont fait une critique négative, à qui je l’ai reproché et qui m’ont dit : « Oui mais si je n’ai pas aimé le film ? » (c'est drôle, quand même, non?), sans tenir compte, non plus, de ceux qui ont exploité les touches Ctrl C / Ctrl V pour proposer des paragraphes facilement repérables puisqu’ils ne contenaient pas de fautes, et en vous épargnant les copies catastrophiques écrites comme les commentaires sur facebook de votre petit cousin de 13 ans, je propose aux lecteurs des Deux pieds décollés quelques extraits de copies.
On trouve beaucoup, parmi ceux qui n’écrivent pas trop mal, de choses dans ce style :
« Contrairement à son premier film, James Cameron s ‘adresse à un public plus large. En effet, TITANIC était axé sur la romance entre deux personnages qui s’achève lors d’un naufrage. Alors que AVATAR se décompose en deux parties. »
« Le film est parsemé d’humour et ainsi d’émotions de par la solidarité et la fraternité. »
« Le film a été divisé par la critique. »
« Dans un Londres futuristique. »
Etc.
L’effort de structurer correctement ses phrases coûte aux élèves. Beaucoup n’ont aucune patience pour écrire, très peu ont l’énergie de relire.
Deux ou trois m’ont rétorqué que les fautes n’étaient pas dramatiques, car pour communiquer, il suffisait de se faire comprendre (« oui d’accord m’sieur mais vous voyez ce que je veux dire dans cette phrase »).
Pour communiquer.
Globalement le "journaliste"se voudrait légitime dans la critique alors que bien souvent il n'est même pas" spécialiste "du spectacle qu'il "démonte"...
Quand j'entends certains journaleux-grincheux , inévitablement , je fais un parallèle avec ces vieux syndicalistes purs et durs de notre bonne vieille CGT ou SUD RAIL...Contestation , démolition et critique en tout genre...Abominable...
Ouh là là , je vais en froisser quelques-uns mais c'est pas "grève"...
Mais pas d'amalgame ni de généralité car DUGARRY relève le niveau et n'a pas de langue de bois...Il sait de quoi il parle lui...il a souvent un avis pertinent et il le donne...Heureusement il n'est pas le seul dans ce cas , merci aux compétents..
Quand au PSG pas de soucis car Paris Sera Grand...
Eh bien Gil, vous êtes en colère... Cela dit, si certains journalistes, de L'Equipe ou de Canal+ (ceux qui - et ils sont de plus en plus nombreux, ai-je appris de source sûre - privilégient le scandale à l'information) voulaient bien faire la grève...
L'avis argumenté, visant à emporteR l'opinion ... monsieur le professeur !
Oups... En plus dans ce genre d'article...
Merci pour cette lecture attentive. C'est maintenant corrigé. Il manquait d'ailleurs un "s" quelque part, aussi.
Je dios le confesser : si je ne me relis pas, il y a des fautes.
Bon mais là je m'étais relu.
Mais qu'une seule fois, et ça ne suffit jamais. Je ne vois pas les fautes sur les écrans. Notamment les miennes.