Samedi 19 juin 2010 6 19 /06 /Juin /2010 11:17

anelka insulte domenech

Alors là, ça devient vraiment très dur de supporter de l’équipe de France.

Et je ne parle même plus au sens où il s’agirait d’être supporter, de chanter dans les stades, etc. Supporter en ce sens là, c’est donner. Supporter comme on doit le faire maintenant, c’est prendre sur soi.

Une charge.

Et même ça, on ne peut plus.

On ne veut plus, c’est qui est plus grave.

 

Quoique non, ne plus pouvoir c’est encore plus grave : cela signifie que même si on le voulait encore, on ne pourrait plus. L’amour du jeu nous l’empêche (la France ne joue pas), l’amour-propre nous l’impose (il y en a marre d’être la risée de tous), la morale nous le commande (les joueurs n’ont aucune bonne volonté).

 

Et voilà qu’en plus, L’Equipe a décidé de mettre le niveau de langage propre aux vestiaires de footballeurs en Une.

 

D’un point de vue neutre et objectif, c’est un juste retour des choses : Libé emprunte à L’Equipe le parti-pris des Unes avec jeu de mot systématique, et L’Equipe emprunte à Libé la Une-citation, de plus en plus utilisée. Il faut dire que la Une-citation dispense le journaliste de faire un travail critique, de mettre des mots sur les faits, de traduire les événements en actualité, sous prétexte que les vrais mots qui ont été dits « parlent d’eux-mêmes », sont « forts » et « vrais » (et aussi un peu parce que c’est vendeur). Des mots presque aussi vrais que le petit photomontage sur cette Une, où l’on dramatise bien comme il faut.

Personnellement, j'aurais mis des points de suspension plutôt qu'un point d'exclamation. Et je doute qu'Anelka ait mis une virgule.

Oui, en y réfléchissant bien, il a plutôt dû dire : "va t'faire enculer sale fils de pute..."

 

Mais revenons au choix de cette Une. D’un point de vue engagé maintenant, et pour peu qu’on prenne la peine d’y aller les deux pieds décollés, voici ce qu’on peut dire : L’Equipe ressemble à l’équipe de France. L’un comme l’autre se complaisent à patauger dans la merde, l’un comme l’autre donnent l’impression de se contenter de prendre des sous, sans prendre la peine de faire ne serait-ce que leur métier (de le faire avec enthousiasme, je n’en parle même pas), l'un comme l'autre sont des choses avec lesquelles il faut bien faire (puisqu'il n'y a qu'une équipe de France, et qu'un quotidien sportif).

L’un comme l’autre ont des attitudes de people. Les joueurs de l’équipe de France sont des petites stars arrogantes (plutôt sur le modèle des rappeurs américains, apparemment), et le quotidien sportif national est un journal people, qui se contente de témoigner. De montrer des gamelles, des grimaces ou des culottes qui dépassent. Un peu comme Voici, ou Yann Barthès - mais eux sont dans leur rôle. 

Les journalistes de l’Equipe ne contribuent pas à une bonne intelligence des faits, ils ne rendent pas compte des événements : ils rendent (au sens de vomir) les impressions qu’ils ont notées. Ils « disent ce qu’ils pensent », mais comme on le fait au comptoir du Bistrot des Familles : on fait des réflexions, sans prendre le temps de la réflexion - mais au Bistrot des Familles on est dans notre rôle.

Bref, leur fin n’est pas de servir la noble cause de l’information. Ils font le contraire : ils utilisent l’information à leur fin. Pour servir leur cause.

Et elle n'est pas noble.

Par g.?uan - Publié dans : COUPE DU MONDE! - Communauté : Autour du Sport
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