C’est quand même incroyable, Infosport. C’est, de très loin, la chaîne de télévision qui exerce la plus grande fascination. Comment a-t-il pu se faire qu’une chaîne de télé, dont les
émissions ne durent qu’un quart d’heure ou une demi-heure, arrive à communiquer autant de bonheur à un type normal (par exemple moi), pour la seule et unique raison que rentrant chez lui, après
une petite soirée un samedi, il constate en allumant la télé qu’il est pile 2h30 du matin, et que l’édition sportive commence tout juste ?
D'où vient cette sorte de pouvoir d’hypnose? Y a-t-il un truc manigancé pour rendre le spectateur complètement à disposition des boucles infinies de la première chaîne sportive de France?
De fait, Infosport est loin d’être irréprochable. Les présentateurs ne sont pas les meilleurs dans l’absolu, les invités ne sont pas les plus prestigieux, les consultants ne sont pas les plus demandés (Olivier Dacourt, l’autre jour). Le décor et le plateau sont à peu près nuls, les divers génériques sont de plus en plus décevants (et quand on finit par s’y habituer, ils sont modifiés). Le montage est parfois hasardeux, les coupes sont flagrantes.
Le fait qu’on y trouve toute l’info sportive, toutes les images, à toutes les heures, suffit-il à
expliquer l’engouement ? C’est évidement un argument. Il y a beaucoup d’images, et il y a les bonnes images. Maintenant, les soirs de week-end, c’est même en direct.
Mais cela suffit-il vraiment ?
Non. Il faut des raisons supplémentaires pour regarder en boucle des trucs qu’on a déjà vus, des résultats qu’on connaît déjà.
Certes, Il y a toujours un but qu’on n’a pas eu le temps de voir alors même qu’on suivait l’émission – parce qu’on a répondu au téléphone, qu’on est allé chercher un morceau de camembert, parce qu’on a consulté ses mails. Alors on se refait une boucle, parce que vraiment, ce but de Torres on veut le voir.
Parfois, même, on veut revoir un but. Oui. Juste revoir un but. Et on se retape toute la demi-heure. Ne faut-il pas être sous hypnose, sans déconner ?
Bien sûr, il faut bien dire ce qui est : l’information sportive est en soi la plus intéressante des informations. Pas de politique, pas de misère généralisée, pas de leçon de morale. Et pourtant, des enjeux terribles, de la passion, des drames, de l’humour, de l’identité nationale.
Par ailleurs, soyons honnête : une extraordinaire sympathie se dégage de cette chaîne. Une manifeste bonne humeur. Il y a une bonne ambiance. On se dit que les journalistes sont potes entre eux. On se dit qu’on aimerait être leur pote. On l’a dit, les présentateurs ne sont pas les meilleurs dans leur domaine, mais aucun n’est insupportable, aucun ne donne envie de zapper.
Le fil de la réflexion, d'une manière tout à fait arbitraire, me conduit à Sophie Ferracci (et à ses deux trois copines sur la chaîne qui prennent parfois le relai). Connaissait-elle quoi que ce soit au monde du sport avant d’être embauchée ? Ce n’est pas sûr, mais peut-être bien que oui, et il semble incontestable en tout cas que ça l’intéresse, que ça lui plaît d’être là, et on est très content pour elle. Par ailleurs nous aussi, on est très content qu’elle soit là. On la regarderait en boucle – la voilà, l’explication !