Mardi 18 janvier 2011 2 18 /01 /Jan /2011 11:49

 

 

 beckham.jpgLe terme « métrosexuel » a été pondu en 1994 sur le site salon.com, par un certain « Simspons ». Rapidement relayé par les médias, le mot désigne certains hommes, dont on dit qu’ils vont dissoudre l’identité masculine dans les méandres de la féminité, sous prétexte qu’ils s’épilent, prennent soin de leur peau, tapent la pose et sont très attentifs à leur apparence vestimentaire comme à la mode en général. Tout cela incarnerait, en outre, des problèmes futiles.

 

Il faut souligner, premièrement, qu’en méprisant les métrosexuels parce qu’ils auraient des soucis superficiels, tout en affirmant qu’ils ont des attitudes d’autant moins viriles qu’elles sont féminines, on a une attitude sexiste : on assimile, l’air de rien, la féminité à la superficialité.

Deuxièmement, il est difficile de ne pas être d'accord avec Baudelaire, qui explique que le maquillage est une vertu proprement humaine, légitime d’un point de moral comme d’un point de vue esthétique : nous autres humains ne laissons pas notre corps aller naturellement. Nous le prenons en charge, nous l'entretenons (ce serait-ce qu'en se coupant les ongles ou les cheveux, en se lavant les dents) et nous avons le noble souci de notre présentation aux autres. C’est là notre dignité, une conséquence immédiate de la conscience de soi.

Mais la peau clean sur tout le corps, les sous-vêtements raffinés, les cheveux subtilement en bataille, le fond de tient et le mascara sont-ils en contradiction avec l'identité masculine? C'est une composante de l’époque, avec laquelle il faut, comme son nom l’indique, composer. Beaucoup de filles séduites par cette attitude vous rappelleraient que ce n'est pas "moins" être un homme, c'est être un homme "autrement". Les artifices et les soucis métrosexuels forment une nouvelle et, vraisemblablement, excessive façon de prendre soin de son image, mais dans l'absolu, ce n’est plus que « le naturel » une pose.

Et puis, troisièmement, rassurez-vous. Cette attitude ne va rien remplacer du tout. Elle fait bouger les lignes, sans doute, en nous habituant, beaucoup d’images aidant, à une esthétique plus lisse et soignée. Mais l’époque contemporaine et libérale fait que les valeurs (esthétiques, éthiques, politiques…) ne se succèdent plus, mais s’accumulent dans le bain de la démocratie et de la liberté d’expression. L’époque aime Beckham comme elle aime Chabal, Brad Pitt, Clooney, Gainsbourg. Etc. Tous les deux jours nous devons ressembler à autre chose pour être beaux, non pas parce qu’il n’y aurait plus de valeurs, mais parce qu’au contraire il y en a de plus en plus. Toutes ne se valent pas, mais toutes sont légitimes : nous avons l’embarras du choix.

Beckham fut un joueur formidable, à la technique élégante, un joueur qui a toujours porté des shorts trop grands, mais qui ne manquait pas de courage ni de caractère. Il cumule 115 sélections en équipe nationale, il doit être l’auteur du plus grand nombre de centres millimétrés de l’histoire du foot, il revenait s’arracher en défense, il marquait des buts importants, il tirait des corners parfaits (deux sont restés célèbres : les deux corners qui ont été suivis de buts, en finale de la Champion’s league, en 1999 - l'année où Manchester réalisa le fameux triplé « championnat, coupe nationale et ligue des champions »).

Enfin il y a cette technique de frappe, si performante, si identifiable, à la fois très caractérisée et très spontanée, à mille lieues de la posture ou de la frappe, sur coup franc notamment, de Ronaldo (qui a toujours l’air de s’apprêter à transformer une pénalité, alors que ça n'a rien à voir, et qui est l’arrogant nouveau meneur de la communauté métrosexuelle dans le sport). Une technique de frappe à mille lieues, également, de ce qu’on apprend dans les écoles de foot : Beckham frappait du coup de l’intérieur du pied (?), avec un pied d’appui trop loin du ballon, et un corps trop penché en arrière – mais il est certain que le ballon prenait la courbe et la destination qu’il désirait.

Si mon point de vue ne fait pas autorité, sachez que Zidane, la veille de son dernier match avec le Real, a dit à David : « Merci, ce fut un honneur de jouer avec toi pendant des trois années ». Ce n’est pas rien.


 

 

 

 

Par deux pieds décollés - Publié dans : Vignettes panini (les pros) - Communauté : FOOTBALL
Commentez! taclez! huez! applaudissez! - Voir les 0 commentaires
Retour à l'accueil

Chroniques hebdomadaires

Syndication

  • Flux RSS des articles

Recrutement (rechercher)

Texte Libre

Texte Libre

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés