Vendredi 16 décembre 2011 5 16 /12 /Déc /2011 10:43

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Bien entendu, pour savoir comment battre le FC Barcelone, il faut d’abord comprendre son jeu ; à ma connaissance, cela n’a pas encore été fait correctement à ce jour. Sans doute que l’enthousiasme que cette équipe suscite perturbe. Mais on va essayer de rester lucide, rappelé à l’ordre notamment par la lecture de quelques commentaires, provenant de quelques fans du football anglais principalement, dénonçant l’ennui du spectateur devant le jeu du Barça. Je désapprouve, certes, mais c'est bon pour l'objectivité.

(Par ailleurs vous allez voir que dès que le Barça va perdre, des voix qui stigmatisent des redoublements de passes inutiles et insistants, du manque de rigueur en défense, de l’arrogance au milieu de terrain, se feront entendre - également chez ceux qui ne juraient que par le Camp Nou ; ainsi va le commentaire sportif)

Un style original?

Les analyses du jeu du Barça se focalisent toujours sur les mêmes éléments, et cela a pour conséquence de masquer les vraies originalités de son style.

Tout d’abord, il y a la répétition du fait que le Barça exploite « toute la largeur du terrain ». Bien sûr, c’est vrai. Mais ce n’est pas ce qui est la plus original, et ce n’est pas le plus important. En effet, l’exploitation de la largeur du terrain ne fait pas du Barça une équipe singulière : toutes les équipes du monde, à peu de choses près, jouent désormais ainsi. Même Cissokho, à Lyon, en dépit d’une raideur terrifiante et d’une conduite de balle improbable, bref d'une absence totale de fluidité, déborde et centre.

Sans doute, les joueurs du Barça sont plus compétents et plus rigoureux que les autres à ce sujet. Mais l’originalité n’est pas là. Ce que le FC Barcelone est le seul à faire, c’est l’exploitation de toute la longueur du terrain. Pas seulement l’utilisation. L’exploitation. Quelque chose de psychologique pousse toutes les équipes du monde à adapter le jeu à la zone du terrain. Près de sa cage on s’affole parce qu’il ne faut pas prendre de risque ; il faut dégager. Près de la cage adverse on s’affole parce qu’il faut être décisif ; il faut tirer. Au milieu on traîne ; on tergiverse. A l’inverse, dans sa surface, au milieu du terrain, ou dans la surface adverse, le Barça ne change pas la façon de jouer : tout le monde bouge, quitte à marcher, le porteur du ballon trouve une passe efficace sans tarder, et bouge.

Barcelone c'est toujours pareil?

Les commentateurs parlent des qualités de « relance » du Barça. S’ils « relancent » bien, c’est simplement parce qu’ils jouent déjà comme dans le rond central. Ils font abstraction de la zone de terrain. Il peut sans doute arriver – comme à Madrid dernièrement – qu’un ballon soit perdu à 25 mètres de ses cages comme il l’est habituellement à 60 mètres, et alors là c’est but – mais peu importe. C’est comme ça. Il arrive aussi, à ceux qui « ne se posent pas de questions », comme l’on dit des gens qui frappent (pour dégager, pour marquer), de dévisser, de rater le ballon, de tirer sur un joueur qui se retrouve alors en position dangereuse.

Et quand le Barça n’a pas le ballon c’est pareil. Pourquoi attendre sa moitié de terrain pour essayer de prendre le ballon ? Le reste du monde est obnubilé par le « quadrillage » du terrain, par les deux lignes infranchissable de quatre milieux et quatre défenseurs. Au Barça, on veut le ballon, alors on va le chercher. Même dans le terrain adverse, où le souci de récupérer le ballon précède celui d'être bien placé.

C’est exactement ce qu’a su faire Mourinho en première mi-temps, l'autre jour – mais c’était sans compter sur Ronaldo, qui gâche la balle d'un 2 - 0 qui aurait peut-être été décisif. (Heureusement qu’il rate tout, d’ailleurs, sinon on aurait reparlé de lui pour le ballon d’or et ça aurait été insupportable).

Le jeu du Barça n’est pas adapté à la zone du terrain ; il n’est pas non plus adapté au score. Le FC Barcelone joue pareil, toujours. A domicile comme à l’extérieur, mené 1 à 0 ou dominant 3 – 1, sous la pluie ou à Bernabeu.

Quand ils mènent au score on a l’impression qu’ils temporisent ; quand ils sont menés on a l’impression qu’ils préparent leurs attaques – mais c’est comme l’effet Koulechov : en réalité ils jouent pareil, et le spectateur projette sur ce jeu de passe à la fois patient et dynamique les objectifs qui semblent être imposés par la situation.

La meilleure attaque, c'est le milieu

Enfin, les journalistes commentent la défense – et notamment, l’hésitation entre les trois ou quatre défenseurs. Plus personne ne joue avec trois défenseurs, mais le Barça en effet est régulièrement intéressé par cette configuration qui, outre qu’elle accentue l’originalité du jeu catalan, permet d’avoir un milieu de terrain plus fourni. Mais qu’on ne se fasse pas d’illusions : en situation de défendre, si le pressing n'a pas fonctionné, il y a un milieu de terrain qui prend place avec ses trois collègues de la dernière ligne. Bref, en focalisant le débat sur la défense, on rate la grande originalité du Barça : le Barça joue avec zéro attaquant. La compo du Barça, c’est 4 – 6 – 0. Qui se transforme en 2 – 8 – 0 lorsque que les arrières latéraux montent.

Et si le Barça marque autant, et si l’équipe de France marque aussi peu (exemple pris au hasard dans un souci pédagogique), c’est parce que nous ne savons pas faire monter le moindre mec qui ne porterait pas le numéro 9 ou 10 dans la surface de réparation ; nos milieux, nos latéraux, restent sagement calés à leur poste, comme sur le schéma des compositions des équipes.

Le Barça, en revanche, c’est 4 – 6 – 0, et tour à tour, les Messi, les Iniesta, les Villa, les Fabregas, les Xavi, mais aussi Dani Alvès, etc., ils prennent la profondeur, dans le dos d’une défense qui ne sait pas où donner de la tête, puisqu’il n’y a pas de systématisme dans la relation avec les attaquants, puisqu’ils n’y a pas d’attaquants toujours en place. Zéro attaquant, mais dix finisseurs potentiels (combien de buts de Puyol ? De Piqué ? Au Barça, même Abidal a marqué).

Conclusion

On l’aura compris, le terrain de foot est, aux yeux du FC Barcelone, un grand espace pour un super taureau avec l’équipe adverse. Et c'est tout. Et c'est possible parce qu'on est formé, depuis qu'on a douze ans, à jouer ainsi.

Et il n’y a qu’un moyen de les battre.

En attendant de le connaître, le FC Barcelone ne s’adapte à rien ni personne, et rien ni personne ne s’adapte au FC Barcelone. 

 


Par deux pieds décollés - Publié dans : Temps additionnel - Communauté : Football? Philosophie?
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