On se baladait, tranquilles, dans Porto. Quand soudain, j’entendis, au loin, un son familier.
J’approchai.
Un tout petit bar paumé - avec un écran géant.
Je regardai par-dessus la sorte de porte battante : PSG – Porto, tournoi de Paris. Et trois ou quatre mecs qui parlaient fort.
Un type nous proposa d’entrer. On leur a vite dit qu’on était français, mais j’ai précisé que si Porto pouvait mettre une petite rouste au PSG, ce ne serait pas pour me déplaire.
Tel les Dupond et Dupont, j’avais eu du flair et avais opté, le matin même, pour le look approprié : avec ma petite moustache, je commandais deux binouch.
"Oh pétard, la soirée commence bien", me suis-je dit : 80 centimes la bière (d'habitude à Porto c'est 2 euros).
80 centimes la bière en bouteille.
Direct, Rui (en bleu) et Clemente (en Orange) sont venus tchatcher. Clemente parlait anglais, et Rui demandait à Clemente de traduire. Cela dit, les bières aidant, Rui démontra au fur et à mesure du match quelques qualités dans la langue de Gerrard.
Rui était complètement pour Porto, comme son bras l’indiquait, tandis que Clemente était pour le Benfica (« because a mauro », m’expliqua Rui).
Très vite, on décrochait de ce match très chiant à la télé, pour parler foot en général. De Lucho, Lisandro, puis de Pauleta, et même de Rui Barros. J'étais très étonné de me souvenir de ce mec. Et je les ai surpris, et j’ai marqué des points, en reparlant de la main de Vata en 92.
Rui a payé sa tournée de Super Bock, la bière nationale, et sponsor du FC Porto.
Dans le bar, chaque événement passé faisant la gloire du FC Porto avait sa commémoration – et au premier chef, une belle écharpe de Porto-Monaco. Evidemment, la discussion a alors tourné autour de la nécessité que Mourinho vienne entrainer l’équipe nationale, bien que selon moi, cela ne suffirait pas à ce que le Portugal élimine l’équipe de France en 2014.
Rui et Clemente (qui entre entre eux s’appelaient « white » et « black », ce qui m’a conduit à penser que Clemente devait être le seul « Maure » à fréquenter ce bar) estiment, eux, que le Portugal est une équipe qui a always badluck.
Rui pense également que Zidane n’est pas français, ce qui ne me surprit pas. Quoiqu’il en soit je m’offusquais grave.
Chaque moment important de l’histoire du club était signalé dans le bar, disais-je, mais aussi, à ma grande surprise, les événements du futur. Aussi, Rui était presque aussi fier de son photomontage que de son tatouage : Porto sera cette année encore champion.
C’est alors que ce fut le drame. Sans que je sache ni quand ni pourquoi, Rui avait relevé son t-shirt, gros bid dehors.
Il devint incontrôlable. Il a dû en voir quelques-uns, des matchs de Porto. Et puis il est chauffeur routier. Il n’écoutait plus rien, décrochait soudainement des discussions, et semblait avoir oublié que je ne parle pas portugais. Il me tapait sur l'épaule en parlant. Il m'a chanté la chanson dédiée à Lucho. Clemente nous a alors proposé d'aller bouffer dans le resto de sa femme.
On était des leurs.
Sympa ton histoire ;)