Mercredi 23 juin 2010 3 23 /06 /Juin /2010 12:28

journalistesComme on pouvait s’y attendre, nous n’avons pas fini de souffrir : cela n’a pas été suffisant de subir les matchs, il faut maintenant se coltiner tous ceux qui se moquent et qui rient. Tous ceux qui se réjouissent que les choses se soient passées ainsi.

Attention : se réjouissent, non pas parce qu’ils sont contents de repartir à zéro, et qu’une table rase est ce qu’on peut espérer de mieux, mais parce qu’ils sont enchantés d’avoir des cibles sur qui se défouler. Juste pour le plaisir de laisser libre cours aux pulsions agressives (violenter, humilier, etc.), que Freud a identifiées comme étant des pulsions humaines fondamentales et incontestables. « Naturelles ».

Il dit aussi que la civilisation est censée contribuer au refoulement de ces pulsions agressives – mais voilà que la civilisation médiatique permet au contraire, aujourd’hui, d’en faire la « publicité », c’est-à-dire de les rendre publique.

 

Tous les quotidiens peuvent se faire plaisir aujourd’hui : dénoncer, fustiger, rire. L’homme est l’animal le plus cruel, pensait Baudelaire : il rit des autres. « Le rire est causé par la vue du malheur d’autrui ». Les émissions de télé peuvent donc se moquer, elles aussi, en faisant des montages ironiques et dramatiques, alternant les déclarations d’espoir d’avant la coupe, et les déclarations désespérées d’après l’élimination. Des Zappings qui « résument » le parcours. Elles ne font que ce que la nature leur dicte.

« Le rire est au fond satanique, il est donc profondément humain », a également écrit Baudelaire (tout cela provient de l’article des Curiosité esthétiques, intitulé De l’essence du rire et généralement du comique dans les arts plastiques). Baudelairien moi-même, je ne vais donc certainement pas remettre en cause le fait qu’on rie aujourd’hui de l’équipe de France. Je suis même d’autant plus susceptible de le cautionner, que je ne m’en prive pas. Mais voici ce que je tiens à préciser : le plus dur, pour quelqu’un qui était supporter de l’équipe de France dans cette Coupe du monde, c’est de sentir qu’il n’y a pas de regret chez ceux qui piétinent maintenant l’équipe. Pas la moindre déception.

De constater qu’ils n’attendaient que cela : le fiasco.

 

On va me dire, je le sais, que le déchaînement est à la hauteur de cette déception – mais c’est faux. Le déchaînement est à la hauteur de l’envie de se déchaîner. De l’envie de piétiner. De l’envie de rire. Vous les avez vus se battre pour obtenir une photo, un mot ? Des vautours, je le répète. Ils se sentent importants, ils se sentent véridiques. Mais l’avaient-ils voulu, la victoire, pour s’autoriser aujourd’hui à dénoncer la défaite ? Ils ne rient pas pour se soulager du stress accumulé, ils ne critiquent pas des matchs qu’ils ont souhaité remporter.

 

Il y a d’un côté les déçus légitimes (nous), qui pouvons nous énerver, qui pouvons rire, parce que nous avons voulu la victoire, et il y a d’un autre côté les cyniques camouflés, malhonnêtes, de mauvaise foi, qui fantasmaient cette situation sans l’avouer. Tous les journalistes sont aujourd’hui dans ce camp. L’équipe de France déclarait « tout va bien » ; c’était moins faux que les journalistes qui ont pu dire « allez les bleus ».

 

Et qu’on n’aille pas me dire non plus que leur rôle est d’être objectif, plutôt que supporter. Si victoire il y avait eu….

Bref. Leurs attitudes n’ont rien d’objectives, ni même de professionnelles.

On a quand même lu et entendu des choses comme ça :

« Information Canal + : il paraîtrait que Zidane s’est mêlé de la composition de l’équipe de France ». La rumeur a valeur d’information, dans le monde du journalisme sportif. Pourquoi ? Par impatience, par envie de foutre la merde. Par caprice.

 

Même opposition, entre déçus légitimes et illégitimes, à propos des témoignages, très attendus, des joueurs. Certains les attendent parce qu’ils se soucient de la vérité, et d’autres, parce qu’ils n’aiment que la polémique (en grec, polémos signifie : guerre). Ces autres, formatés par les salles de confessions des émissions de télé-réalité, rêvent de règlements de compte. Ils veulent des boîtes à question. Ils veulent des petites phrases. Ils veulent des déclarations.

 

On nous parle des salaires des joueurs, et ils vont rendre leur prime et c’est très bien. Mais je voudrais bien connaître le salaire de Christian Jeanpierre, aussi, pour voir.

Il vaut combien, son travail, à Christian Jeanpierre ?

Et on va lui demander de tout rendre aux radios amateurs, parce que vraiment, il nous aura bien fait chier avec sa morale, avec sa démagogie merdique. Sans transition et sans pudeur, le connard n’a néanmoins pas oublié, pendant de le match, d’envoyer des gros signaux aux téléspectateurs pour continuer à suivre, « malgré tout », la Coupe du monde « sur TF1 ». Il n’a pas oublié de poser ses questions de merde à chaque mi-temps.

 

On se prend à rêver d’une vraie table rase : une autre équipe, une autre administration, bien évidemment, mais aussi d’autres commentateurs, un autre quotidien sportif, d’autres consultants télé : tous ont contribué au climat pourri. Tous l’ont voulu.

 

Je ne sais pas qui sont les traîtres, mais je sais qui a été trahi pendant cette Coupe du monde : les gens qui aiment le foot.

Par g.?uan - Publié dans : COUPE DU MONDE! - Communauté : LA communauté football du blog
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Commentaires

Oh non...j'ai eu l'frisson à la fi de ton article. Je suis si déçue pour vous tous de ce blog aui aimez vraiment le foot.

Commentaire n°1 posté par georges dandine le 23/06/2010 à 12h57

Un petit cours de spé-éco, avant de réviser beaudelaire (tu aurait d'ailleurs pu faire une petite référence à la théorie Platonicienne, le mythe de la caverne, le monde réel et spirituel: les synesthéies...). Bon Ok, j'arrete de faire mon malin, c'est plus facile quand on est en pleines révision du bac ! ;)

Commentaire n°2 posté par Jericho le 23/06/2010 à 19h54

Réviser et passer le bac pendant la Coupe du monde : alors ça c'est rude. Concernant le parallèle avec l'allégorie de la caverne, voir ci-dessous!

Réponse de deux pieds décollés le 24/06/2010 à 10h20

Ca y est, le mot que l'on redoute et qui nous poursuit...LA CRISE

Ethymologiquement, ce mot associant les sens de décision et jugement. Une crise suppose donc une prise de décision, une action de s'en sortir. Elle n'a pas épargné notre l'équipe de France. Non pas financiérement non, même si'ils décident de refuser les primes (Merci Mme Bachelot), mais encore rien n'est fait, en cette periode de rigueur budgétaire...., (on fait partir les femmes de joueurs en déplacement... parrmi lesquelles Mme Ribery montrant fierement son soutien pour l'Algérie...faut il être con quand même)

Comment pouvons nous encore en parler? Comment ne pas être en colère, etb pester contre un "Evr"a qui parle de vérité..On s'en fout de la V E R I T E,  nous ce qu'on voulait c'était chanter "Iwill Survive..". On aurait aimé s'auto flageoler pour avoir douter de vous..

Maintenant c'est sûre, ils vont nous en rabattre les oreilles. Même Henry veut voir Sarko. Mais putain c'est trop tard...Ne cherchez plus d'excuses, vous avez été mauvais .. les faits sont là. Le MAL EST FAIT

Ce n'est ni le spleen, ni le marasme, ni le malheur, c'est quelquechose de plus âcre:Le desespoir.

Commentaire n°3 posté par La Lara de Nice le 23/06/2010 à 20h11

Au-delà du désespoir, je crois qu'il y a un peu de honte, aussi, chez les supporters français. Quand on écoute parler ces mecs, quand on les voit sur le terrain (sur le terrain d'entrainement je n'en parle même pas...). Il y a aussi des remords... Sans être coupable de rien, si ce n'est d'y avoir cru! Les bleus et leurs supérieurs vont avoir droit, encore longtemps, au ressentiment des français.

Réponse de deux pieds décollés le 24/06/2010 à 10h30

ODE a RAYMOND , ou la ritournelle en BLEU...

   ô toi , mon pauvre et fier RAYMOND

    Rattrapé par trop de démons

    Lâché tu fus par tous ces félons

    L'espoir tu portais, a bout de bras

    Point a la hauteur furent les résultats

    Ta fière armée nous a blessé bas

    Victime de trop de caprices

    Jusqu'à la lie tu bus le calice

    Ce ne fut donc pas un délice

    Dans la musette jeter L'ESCALETTE

    Les joueurs bannis a "perpette"

    Qu'encore résonne les trompettes

    Faisons table rase de ce passé

    Tout l'édifice il nous faut raser

    Pour demain voir le soleil briller

 

                                      JEAN DU ROBINET

   

Commentaire n°4 posté par BABOUN le 24/06/2010 à 00h04

A la lecture de ce sonnet,

force est de constater

que le fiasco de l'équipe de France

a aussi de belles conséquences.

Réponse de deux pieds décollés le 24/06/2010 à 10h51

Bon courage à Laurent Blanc en tout cas. Dur de reconstruire sur un tel champ de ruines.

Commentaire n°5 posté par Karim Hameg le 24/06/2010 à 00h24

La gorge nouée, Le coeur serré, Tout espoir envolé,

Le cauchemar, inéluctablement transformé en réalité...

Certainement ont-ils eu tout ce qu'ils méritaient...

Mais à travers leur condamnation,

c'est la France entière qu'ils laissent dans le tourment et l'aberration...

Cette équipe...tombée dans une déconfiture des plus totales...sans caractère et sans once de fierté...

Comme si ce n'était pas assez...

Notre cher Président...

Veut porter devant la classe politique cette "marée bleue", non pas pour défendre le sport et les valeurs qu'il véhicule...seulement pour maintenir à flot son embarcation personnelle...

Mais ce n'est pas le terrain des politiques...ils ont le leur, et y jouent déjà très mal !!

Notre cher Président décide de s'attaquer au foot, en demandant des états généraux, mais quoi d'autre encore??

Qu'il s'occupe de faire des états généraux de sa politique, car elle est sans envergure...

Et puis, nous, citoyens lambda...noyés, submergés,

dans un dédale d'informations...qui fusent de toute part...

Ne soyons sûr que d'une chose...en fait deux...cette équipe de France a inventé le non-jeu, et l'ennui devant les postes de télévision...

 

 

Commentaire n°6 posté par cécé dit homard-bleu-de-bretagne le 24/06/2010 à 01h44

Si je peux me permettre...en me joingnant à Jericho : ô toi, Maître de ce blog prodigieux, pouvons nous espérer, un éminent recoupement avec la théorie Platonicienne...allégorie de la Caverne...intelligible...

Commentaire n°7 posté par cécé dit homard-bleu-de-bretagne le 24/06/2010 à 01h56

Je me lancerai volontiers dans ce parallèle : je me flatte d'avoir écrit tout un mémoire sur Platon. Cela dit, comment appliquer l'allégorie de la caverne à cette situation? Cette allégorie est une image de l'éducation... Il s'agit de se défaire du règne des illusions, que l'on croit être des réalités, et de remonter hors de la caverne, afin de contempler ce qui est vrai. Mais les joueurs de l'équipe de France sont trop attachés, tels les esclaves au fond de la caverne, aux valeurs matérielles qui les éloignent, voire les dispensent, de tout travail de la pensée.

La mission du philosophe, je le sais bien, est de redescendre dans la caverne après avoir contemplé la vérité, afin de délivrer ses semblables. Mais avant que le philosophe puisse entreprendre son éducation, il va d'abord devoir céder sa place, pour ces gens-là, à un autre éducateur... Un éducateur spécialisé, un "éduc spé"...

Réponse de deux pieds décollés le 24/06/2010 à 11h10

Ton article est entièrement contre les journalistes. Alors certes, c'est à cause de eux que tout a éclaté, avec en une de l'Equipe les insultes de Anelka.

Mais tous ceci n'est il pas du à la stratégie de la FFF, le huit clos. En effet, c'est dans la nature humaine, moins on a d'informations, plus l'on veut en avoir! Et c'est ce qui c'est passer! Une informations est sortis, et tout a éclaté.

Il est clair que les journalistes ont une partimportante dans l'implosion de l'équipe de France, mais je pense qu'ils ne sont pas les seuls!

Quand je lis le commentaire de Jericho, je me sens nul en français, malgré mes révisions pour le bac français!

Commentaire n°8 posté par cyrilw le 24/06/2010 à 12h06

Je suis d'accord : en se boudant les uns les autres, la situation s'est envenimée. Et l'équipe de France l'a bien cherché - Domenech le premier, qui s'est amusé à provoquer tout le monde, avec un vice inqualifiable. Ce que j'ai essayé de dire dans cet article, c'est que j'ai le sentiment (je pense notament à des journaux comme Libé) que certains prennent un plaisir extraordinaire dans cette histoire. A mes yeux, trop de journalistes parlant de ces histoires aiment le scandale plus que le foot.

Réponse de deux pieds décollés le 24/06/2010 à 12h16

Une information intéressante :

Christian Jean-Pierre gagnerait "entre 80 et 100 000 par an" ; Larqué, lui, s'approcherait plus des 185 000 par an ; la meilleure : Lizarazu a mieux négocié : 320 000 € par an !

 

 

 

Commentaire n°9 posté par Vain le 24/06/2010 à 12h49

A lire sur le rire, le dernier de Sibony . Une merveille qui développe largement les constats de Baudelaire ;)

Très bien écrit ! donc entre Tacler, Huer, et Applaudir... Je remercie l'auteur de me faire découvrir ce monde footballistique !

Commentaire n°10 posté par Horlan le 24/06/2010 à 23h52

Cette fois ci ça y est , c'est décidé , je vais faire mon arbre généalogique , histoire de voir si je n'ai pas un hypothétique ancêtre au teint jauni et aux yeux légèrement bridés..quelle fierté d'être japonais..la victoire a tous prix ou bien hara-kiri a la sortie..quel bonheur!!!

le seul bémol c'est qu'ils ont le même sponsor que l'équipe d'algérie : L'OREAL bien sûr , parce qu'ils le valent bien , et donc la même tignasse couleur choucroute ridicule..

mais " NO BLEM " , allez les niakoués..

Commentaire n°11 posté par BABOUN le 25/06/2010 à 01h01

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