A propos de l’arbitrage vidéo, deux positions en présence, qu’il faut renvoyer dos à dos. Dans le coin rouge, Michel Platini et ceux qui refusent la vidéo (pour privilégier “l’humain”). Dans le coin bleu, ceux qui pensent que la vidéo est la solution aux “problèmes d’arbitrage”. Il est temps d’arbitrer ce combat (sachant bien que la vérité est toujours dans l’entre-deux).
La vidéo ne remplace pas l’homme. Derrière l’écran de vidéo, un arbitre devra lire les images, et décider. Et ce, en étant peut-être mieux armé que son homologue sur le terrain.
Mieux armé, mais dans quelle mesure, et dans quelles limites ? Une image ne montre pas la “vérité” des choses. Elle montre certains faits – pas tous –, de plus elle les montre d’un certain point de vue – le cadrage.
L’image est, par exemple, indéniablement plus efficace que l’œil humain pour voir si le ballon a franchi la ligne après avoir touché la barre. La vidéo peut nous permettre de voir image par image. Elle peut attester, par ailleurs, d’un coup de tête sur un défenseur. Ou du fait qu’un coup de tête n’a pas réellement été porté.
Ne montre-t-elle pas aussi si le ballon a été touché de la main ? Ce dernier exemple est plus ambigu – c’est-à-dire, aussi ambigu que la “règle” qui est censée ne sanctionner que les mains “volontaires”. Il faut alors se méfier : une image ne montre pas de manière évidente si une main est intentionnelle ou non. Une image doit, tout autant qu’une action “réelle”, être interprétée. Seul Henry peut nous dire – et encore ! – ce qu’il en a été de ses intentions contre l’Irlande.
Si la vidéo peut faciliter certaines tâches, elle peut en compliquer d’autres : la violence d’un impact, le contact entre un gardien et un attaquant, la virulence d’un tempérament ne sont pas plus clairs à l’image. Ce genre de choses s’éprouve, en live. Lorsqu’il y a débat relativement à un pénalty, accordé suite au contact entre le gardien et le joueur de champ, les images permettent rarement de clore le débat : ceux qui croient au pénalty verront dans l’image la « preuve » d’un contact, ceux qui ne croient pas au pénalty estimeront que le contact n’a donné lieu à une chute que parce que le joueur s’est laissé tomber.
L’arbitrage vidéo ne permet pas d’œuvrer pour le respect mutuel entre les joueurs des deux équipes. L’arbitrage vidéo ne choisit pas quel carton il faut mettre, quels mots il faut dire aux joueurs, ni quand il faut laisser l’avantage.
L’arbitrage vidéo permet-il de voir les hors-jeu ? Ce n’est même pas certain. Un hors-jeu, lorsque cela se joue à vingt centimètres, se sent. A partir d’un mètre, on peut sans doute exploiter la vidéo.
Bref, l’essentiel de l’arbitrage est (et sera toujours) l’affaire des arbitres sur le terrain. En définitive, voici la thèse de cet article : l’arbitrage vidéo ne résoudra pas tous les “problèmes” d’arbitrage. La vidéo ne remplacera jamais l’arbitre – cette appréhension est absurde. En revanche, nous pouvons lui confier certaines missions, pensées en accord avec les vertus propres aux images, sans ignorer les failles de ce support.
Certaines questions doivent guider les choix des “faits de jeux” pour lesquels on pourrait avoir recours à la vidéo : dans quels cas ce que montre la vidéo est sans appel ? Y a-t-il des cadrages en vertu desquels ce que l’on voit à l’image est précis ? Quelles attitudes peuvent être incontestablement démasquées?
L’arbitrage vidéo ne sera légitime que si l’on est lucide. Il y a encore des erreurs d’arbitrage au rugby, et il y aura toujours des erreurs dans le football « vidéo-surveillé ». A partir de là, les mauvaises langues pourront dire : s’il y a des erreurs, à quoi bon la vidéo ? L’idée qu’il puisse y avoir moins d’erreurs (et notamment que les plus injustes disparaissent – au premier chef, les buts qui n’ont pas été accordés alors que le ballon a rebondi derrière la ligne) ne suffit-elle pas ? N’est-ce pas cette même exigence, qu’il y ait moins d’erreurs, qui conduit à envisager des arbitres de surface de réparation ?
Même un arbitre allongé dans la cage ne pourrait pas affirmer qu’un ballon a franchi la ligne si cela se joue à moins de cinquante centimètres.
Il restera donc, pour conclure, des erreurs d’arbitrage. Pour deux raisons : premièrement, tout ne sera pas “mieux” perceptible par l’image (seuls certains faits de jeu le seraient) ; deuxièmement, l’image devra toujours être interprétée, par un arbitre, un « humain » ; et l’erreur – en conviendrez-vous M. Platini ? – est humaine, trop humaine. La volonté de s’améliorer, de se corriger, tant bien que mal, est la seule réplique à la médiocrité de notre condition.